Domaine Belmont : au nom du père…

Stéphan et Matthias Belmon, rencontrés le 15 avril 2011 à Goujounac. Crédit photo : Johan Gesrel.

Stéphan et Matthias Belmon, rencontrés le 15 avril 2011 à Goujounac. Crédit photo : Johan Gesrel.

Ce lundi 16 mars s’ouvre à Cahors le procès en assises de Matthias Belmon pour l’assassinat de sa soeur Stéphan en octobre 2011. L’article qui suit avait été publié quelques mois avant le terrible drame, lors d’une rencontre avec le frère et la soeur sur le domaine familial, à Goujounac. A l’époque, ce portrait faisait suite au décès brutal de leur père vigneron Christian Belmon. Une rencontre où les deux héritiers s’étaient confiés pour la première fois sur le rôle qu’ils comptaient jouer pour perpétuer le travail entrepris. Puis vint ce terrible faits-divers et, avec lui, une pluie de visites, de commentaires nauséabonds qui m’avaient conduit à retirer l’article de malolactik.com. Aujourd’hui, trois ans et demi plus tard, j’ai décidé de le remettre en ligne, non pas pour ajouter du drame au drame, mais pour apporter un éclairage sur cette histoire familiale complexe. Les vins du Domaine Belmont sont toujours parmi les meilleurs, surtout les blancs. Madame Belmon, la maman, a eu la sagesse et le courage de poursuivre le travail exigeant entrepris par son mari. C’est en hommage à son courage et à la mémoire à Stéphan qui m’avait si gentiment accueilli que j’ai choisi de faire paraître ce reportage. Aucune ligne publiée à l’époque n’a été modifiée.

Sur les hauteurs de Goujounac, petit village lotois situé au nord de la limite fixée par l’appellation Cahors, un havre de paix abrite une des plus belles réussites dans la catégorie des vins de pays. Ce hameau familial occupé depuis plusieurs générations par la famille Belmon a vu renaître une tradition viticole délaissée par des grands-parents agriculteurs qui faisaient, comme beaucoup, pousser la vigne pour leur consommation personnelle. En 1993, Christian Belmon, architecte, esthète et grand amateur des bons flacons, décide de sauter le pas et de donner corps à ce qui restera une des ses plus grandes passions. « Il s’est énormément documenté. Je me souviens qu’il avait au pied de son lit des piles de livres et de revues qui traitaient tous du vin » se souvient Stéphan, sa fille responsable de la partie commerciale et du suivi des vignes.

Grand amateur de vin rouge, Christian Belmon envisage d’abord de planter du cabernet-franc et de la syrah sans s’intéresser aux cépages blancs, jusqu’à l’intervention des microbiologistes Claude et Lydia Bourguignon. « Aux vues des études menées sur nos sols, ils ont tout de suite demandé à papa de modifier son projet et de planter du chardonnay », indique Matthias Belmon, le fils également architecte, en charge des chais. « Claude et Lydia lui avaient dit si tu ne le fais pas, tu risques de faire une énorme bêtise ». Très vite, les conseils et le bon sens l’emportent. Le consultant bordelais Stéphane Derenoncourt se joint à l’aventure pour apporter son analyse et dégager l’expression optimale du terroir, si chers aux Bourguignon. L’équipe est complétée par l‘actuel maître de chais et chef de culture, Laurent Fleurat.

Stéphan et Matthias Belmon, rencontrés le 15 avril 2011 à Goujounac. Crédit photo : Johan Gesrel.

Stéphan et Matthias Belmon, rencontrés le 15 avril 2011 à Goujounac. Crédit photo : Johan Gesrel.

L’exigence et la vision prospective amènent Christian Belmon à prendre pour cahier des charges les méthodes employées dans les domaines bio même si aucune certification n’a été engagée jusqu’ici. « Les six hectares sont entièrement vendangées à la main, le compost fait maison », nous explique Stéphan. « Les rangs étant très serrés, on utilise sinon un tracteur enjambeur pour l’entretien ». Être classé en vin de pays laisse aussi une plus grande liberté, tant dans le suivi que dans le choix des cépages. L’actuelle syrah par exemple est en train d’être modifiée au profit de la « petite serine » une variété de syrah ancienne issue des sélections massales et ce grâce aux relations tissées avec « un grand patron de l’appellation Hermitage », confie discrètement Matthias. Assemblé avec le cabernet franc (70%) sur des rendements inférieurs à 40%, le résultat au palais est exaltant. A la première dégustation du millésime 2010, cette complémentarité révèle des notes poivrées, cacao aux tanins équilibrés. Le chardonnay de la cuvé Dolmen, « le meilleur aux 100 kilomètres à la ronde » pour reprendre les termes du critique Michel Bettane, s’avère effectivement d’une grande finesse. Un nez de miel et une fraîcheur en bouche doublée d’une pointe d’acidité proche d’un chablis (encore l’influence « bourguignonne » !).

Disparu de façon subite au cours de l’hiver, Christian Belmon aura laissé à ses deux enfants l’élégance et l’exigence suffisante pour espérer, d’où qu’il soit, un héritage respectée. Dans les rangs serrés de la syrah, Stéphan et Matthias nous font l’amitié de nous confier leur sentiment à ce sujet : « Nous avons chacun un métier respectif dans l’architecture et l’immobilier », précise Stéphan « Mais l’entourage et le réseau que papa a su créer nous permet d’avancer, avec l’appui quotidien de Laurent, notre maître de chais ». Matthias conclut : « Le virus, ma sœur et moi l’avons attrapé naturellement grâce à Christian. On n’a pas l’intention de modifier le travail effectué par notre père. »

Johan GESREL.

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