Ras-le-bol du merlot ? Bois du modeste !

Philippe Teulier du Domaine du Cros dans l'appellation Marcillac (Johan Gesrel).

Philippe Teulier du Domaine du Cros dans l’AOC Marcillac (J. Gesrel).

Les 4e Rencontres des cépages modestes se referment en laissant derrière elles un sentiment de retour aux sources avec l’envie furieuse d’en savoir plus sur l’ampélographie. Durant deux jours, le village de Saint-Côme-d’Olt en Aveyron a réuni des amateurs et des professionnels du vins. Cavistes, restaurateurs, vignerons bien sûrs, mais aussi sommeliers et importateurs ont pu suivre les conférences et déguster les vins issus des cépages rares du Languedoc-Roussillon et de leurs voisins catalans. Des discussions parfois techniques mêlées d’Histoire, d’anecdotes et de poésie.

Tous les cépages mènent à Rome

Explorer les cépages rares du Languedoc-Roussillon, c’est explorer une mosaïque dont l’origine remonte aux Romains. Ces variétés de vinis vinifera ont transité par la via domitia qui relie l’Italie à la péninsule ibérique. Des importations qui remontent à 117 av. JC, explique Olivier Yobrégat du pôle V’Innopôle. Parmi ces cépages, on citera l’aramon, l’aspiran, le cinsault, l’oeillade, le terret ou encore le piquepoul. Des noms qui fleurent bon le terroir et qui ont bien failli disparaître après le passage du phylloxéra. Le plus connu d’entre eux reste le carignan qui entre 1958 et 1988 était le plus produit au monde. Aujourd’hui, ces cépages modestes ont été marginalisés souvent pour des questions de rendement et de résistance aux maladie.

Indiana Jones et le président Jefferson

Les 4e Rencontres sont justement l’occasion de découvrir des vignerons qui ont opté pour un retour aux sources. Un choix fait d’audace et d’abnégation. Patricia Boyer-Domergue du Clos Centeilles (Minervois) raconte avec humour comment elle « parle à ces cépages qui se comportent parfois comme des enfants mal élevés ». Catherine Leconte des Floris qui travaille le carignan blanc à Pézenas estime que « dans un monde globalisé, il est important de puiser dans ces racines et son passé ». Une approche partagée par Laurence et François Henry du Domaine Henry à Saint-Georges-d’Orques.

Ce couple de vigneron a joué durant près de dix ans les Indiana Jones de l’ampélographie avec une mission : en savoir plus sur le mailhol, ce cépage qui autrefois était le « goût du Languedoc ». Le futur président des États-Unis Thomas Jefferson, dégustateur éclairé, citait d’ailleurs les vins de Saint-Georges-d’Orques parmi ses préférés. En 1710, les Crus issus du mailhol étaient même comparés aux Côte de Nuits en Bourgogne. Une fois les documents en main, Laurence et François Henry ont choisi de planter selon les méthodes citées à l’époque. « Ce sont des vins de temps qui ne sont pas dans les canons de la dégustation actuelle », estime François. Un « Mailhol » que l’on retrouve cependant sur les tables des chefs étoilés français, signe que ces cépages ont encore un bel avenir devant eux.

Xoan Lois Elorduy Vidal de l'Institut Catalan du Vin et de la Vigne (Johan Gesrel).

Xoan Lois Elorduy Vidal de l’Institut Catalan du Vin et de la Vigne (J. Gesrel).

C’est ce qu’estime aussi le chercheur espagnol Xoan Lois Elorduy Vidal de l’Institut Catalan du Vin et de la Vigne : «  Les vignerons donnent de nouveau de l’importance à ces cépages qui se distinguent par leurs personnalités au sein même de leurs terroirs d’origine comme le grenache blanc, le charelo del Penedés, ou le trepat par exemple. C’est une façon de redécouvrir son territoire ». A cela s’ajoute le goût. Les vignerons aveyronnais le savent bien. Philippe Teulier du Domaine du Cros dans l’appellation Marcillac est venu en voisin et en connaisseur. « Ces cépages sont autant d’épices qui viennent des quatre coins du monde et qui apportent des accords mets-vins exceptionnels. Chez nous, à Marcillac, c’est le fer servadou. Vous le reconnaissez à ses notes poivre gris ».

« Retrouver ses racines »

Jacques Dupont, journaliste spécialiste du vin au magazine "Le Point" (Johan Gesrel).

Jacques Dupont, journaliste spécialiste du vin au magazine « Le Point » (Johan Gesrel).

Maintenant, il reste à faire connaître ces épices. Le consommateur, les vignerons, le marketing, les cavistes. Tous ont un rôle à jouer, explique le journaliste Jacques Dupont : « Plus l’époque avance dans le progrès, plus on a besoin de retrouver ses racines. Les cépages modestes c’est la conjonction du besoin de retrouver son histoire et de revenir à des notions de terroirs. Je pense que c’est une vraie tendance de fond qui a avoir avec l’économie. Prenons une région comme le Sud-Ouest qui est très étendue avec des vignobles morcelés. Deux scénarios s’offrent à elle. Soit elle colle à la roue de Bordeaux mais l’avenir est très limité si on reste sur des cépages comme le merlot ou le cabernet sauvignon. On dira toujours, oui, mais c’est pas du Bordeaux. L’autre solution, c’est de dire on est du Sud-Ouest, on retrouve nos cépages originaux et on a une voie économique différente, c’est-à-dire une voie d’originalité. Comme disait le géographe Roger Dion a quoi sert un grand vignoble si on n’est pas en mesure de le vendre ? ».

Johan GESREL.

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