Les vendanges astrales de Bernard Bouyssou

Après le gamay, Bernard Bouyssou inspecte les rangs de merlot qu'il compte vendanger si le temps le permet. (Crédit : Johan Gesrel.)

Après le gamay, Bernard Bouyssou inspecte les rangs de merlot qu’il compte vendanger si le temps le permet. (Crédit : Johan Gesrel.)

A l’heure où tombent les premières baies dans les cuves, nous avons rencontré Bernard Bouyssou. Ce vigneron d’allure discrète a fait le pari il y a 20 ans de conduire ses vignes en biodynamie, au sein de l’AOC Coteaux du Quercy (autrefois Vin de Pays). Un choix audacieux pour l’époque dans une région plus habituée à lever les yeux vers les étoiles qu’à s’interroger sur l’influence des planètes. Aujourd’hui, le Domaine de Lafage est devenu une référence, régulièrement cité par ses pairs.

MalolactiK – Comment percevez-vous ce millésime 2013 ?

Bernard Bouyssou – 2013 restera une année climatique difficile parce que le printemps a été humide et froid, ce qui a provoqué des retards dans la floraison, donc un retard dans les vendanges. Pour les cépages qui ont fleuri durant la semaine particulièrement humide, il manquera au moins 40% de quantité. Pour la qualité, c’est encore un peu tôt pour le dire.  Je peux juste parler du gamay que je viens rentrer qui est, ma foi, très bien. Dans une année comme celle-ci, c’est encore plus difficile de ramasser à complète maturité sans risquer de tomber sur le phénomène de pourriture.

MalolactiK – Comment fait-on pour éviter de prendre des risques ?

Bernard Bouyssou – Dans notre appellation Coteaux du Quercy, on se doit de faire deux analyses de grains, avant de faire les vendanges.  Ensuite, on va croquer les pépins. Tant qu’il est vert et qu’il n’est pas craquant sous la dent, c’est qu’on n’est pas à complète maturité. Enfin, il y a ce que l’on voit au niveau de la couleur.

MalolactiK – La biodynamie, c’est quoi pour vous ?

Bernard Bouyssou – La biodynamie c’est d’abord une des plus anciennes méthodes de cultures biologiques. Elle remontrait à 1924 en Allemagne. On regarde la nature dans son ensemble. Vous savez, la vigne se nourrit à 25% par ses racines et 75% par toute la partie aérienne. La biodynamie aborde la relation de la plante avec le « cosmos », c’est-à-dire les sept planètes du système solaire qui ont une influence sur la plante. Par exemple, nous avons un calendrier des semis qui nous indique par avance la position des planètes et leur influence. C’est comme le projecteur sur la scène d’un théâtre qui va mettre en avant tel acteur plutôt qu’un autre. De la même manière, tel astre va mettre en avant plutôt la partie fruit, la partie racine ou la partie feuille de la plante. Tout ça nous indique les jours favorables pour la taille, le travail du sol et les vendanges. Pour autant, c’est comme la météo, il faut éviter d’en devenir esclave et savoir s’adapter.

« Je n’ai pas vu de sac d’engrais depuis 20 ans… « 

(Crédit : Johan Gesrel.)

(Crédit : Johan Gesrel.)

MalolactiK – En l’absence d’intrants chimiques, quelles sont les remèdes que vous utilisez ?

Bernard Bouyssou – Nous avons deux préparations que je comparerais au levain et qui est essentiel pour la levée du pain.  Nous en avons une première qui va réveiller l’humus du sol pour l’encourager à se développer. La seconde préparation que nous utilisons est à base de silice et va permettre à la plante d’être en relation avec le cosmos et donc l’aider à être bien dressée. Une vigne qui pousse droit, ça favorise le palissage et le travail du vigneron ! (sourire)

MalolactiK – Est-ce plus difficile de travailler en biodynamie lors d’années compliquées comme celle-ci ?

Bernard Bouyssou – La biodynamie est un « plus » dans les années difficiles mais ce n’est pas une assurance tous risques. Il ya 20 ans quand j’ai commencé, je croyais qu’en choisissant la biodynamie on allait forcément avoir des vignes plus résistantes et qui allaient se comporter mieux malgré les obstacles…(soupirs) Quand la maladie s’installe, effectivement on est bien moins armé en bio qu’en culture conventionnelle parce qu’on s’interdit tout recours aux produits de la chimie de synthèse…Après il faut voir le résultat. Cette année, je pense que mes vignes sont dans la bonne moyenne avec des rendements autour de 35-38 hectolitres par hectare.

MalolactiK – La biodynamie ne se limite pas qu’aux vignes ?

Bernard Bouyssou – Non, dans la nature, je vous disais que tout est relié. Je suis aussi éleveur de vaches à viande et je produis d’autres cultures. Toutes me servent à maintenir un paysage diversifié et à préparer la fumure, cette fameuse préparation à base de plantes, de minéraux et de bouse qui va rendre la vigne à nouveau réceptive. Vous savez, je n’ai pas vu de sac d’engrais depuis plus de vingt ans ici…

♦ Domaine de Lafage. 82270 Montpezat-de-Quercy.

Tél. 05 63 02 61 91.

http://domainedelafage.free.fr

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