Les Primeurs à Bordeaux : passage obligé ?

Soirée Primeurs Bordeaux Supérieur à l'entrepôt Millésima. (Crédit : Johan GESREL.)

Soirée Primeurs Bordeaux Supérieur à Millésima. (Crédit : Johan GESREL.)

A l’image du festival de Cannes, les Primeurs de Bordeaux est très certainement LE rendez-vous du monde viticole en France. Les négociants et importateurs côtoient les critiques et les journalistes en présence des oenologues et à peu près tous les professionnels que compte le monde du vin. Ces dégustations en avant-première sur le millésime 2012 vendangé il y a quelques mois donc posent également plusieurs questions. Pourquoi déguster si tôt ? Quel intérêt pour le vigneron ? Elément de réponse avec malolactiK.

Dans la petite ville de Saint-Emilion, les voitures se pressent et se massent pour se garer au plus près du Château La Couspaude. C’est là qu’ont rendez-vous les professionnels pour déguster la quasi totalité des 58 Grands Crus Classés de Saint-Emilion. Yohann Aubert est notre hôte. Lui et sa famille accueillent pour la première fois les Primeurs pour cette partie de l’appellation. Sans conteste une fierté pour ce jeune vigneron qui nous fait la gentillesse de nous accorder un moment d’entretien dans les caves situées sous le domaine, creusées jadis par son grand-père.

« Nous vendangeons plus tard et faisons déguster de plus en plus tôt »

Yohann Aubert du Château La Couspaude, à Saint-Emilion (Johan GESREL.)

Yohann Aubert du Château La Couspaude, à Saint-Emilion (Johan GESREL.)

MalolactiK – Comment se présente chez vous le millésime 2012 ?

Yohann Aubert – Il se déguste très bien notamment sur la base des merlots. Les cabernet-franc et cabernet-sauvignon sont plus compliqués car on a du les vendanger plus rapidement en raison des conditions climatiques plus dures et des niveaux de pourriture qui nous ont obligé à ramassé dans un laps de temps court. Ensuite, il a fallu suivre le bébé. Bref, c’est un millésime de chef de culture et de vigneron.

MalolactiK – Que représentent les Primeurs dans votre année de vigneron ?

Yohann Aubert – C’est une semaine importante. Pourtant, je vous ferais remarquer que via Dame Nature, nous vendangeons de plus en plus tard et nous faisons déguster de plus en plus tôt donc il faut qu’en amont au niveau technique, grâce aux tonneliers, nous trouvions une harmonie entre le fruit et le bois. Ça veut dire travailler sur des chauffes pas trop fortes au niveau des douelles pour qu’à la dégustation, ce ne soit pas trop marqué sur le bois.

MalolactiK – Mais alors, pourquoi ne pas décaler vos Primeurs ?

Yohann Aubert – (silence)…C’est tellement marqué dans la tête des gens ! Même si on a gagné une semaine cette année, soit sept jours pour permettre à nos vins d’être plus harmonieux. Alors oui, c’est tôt et il faut être fin dégustateur et bien connaître les produits et les dates de vendange pour bien déguster ces primeurs car on est toujours sur des prises de bois en fût neuf. Mais dans l’ensemble sur la Rive Droite, je trouve qu’on s’en sort pas mal du tout.

MalolactiK – Est-ce que ce n’est pas frustrant de faire déguster un produit qui n’est pas prêt à la consommation encore ? N’est-ce pas un peu illusoire cette dégustation prospective ?

Yohann Aubert – Non. Regardez, on fait venir des gens du monde entier. La semaine dernière, il y avait « ProWein » à Dusseldorf, VinItaly la semaine prochaine…Bref, on fait parler de nous durant cette semaine là aussi. Bien sûr que c’est beaucoup trop tôt mais par contre les gens viennent à Bordeaux. Plus ils viendront et plus on se fera reconnaître. En même temps, c’est une année bâtarde avec Vinexpo qui aura lieu en juin prochain à nouveau à Bordeaux. Beaucoup de mes clients préfèrent venir en juin pour des questions économiques mais aussi parce qu’ils dégusteront alors des vins qui auront deux mois de plus. Ce qui est plus significatif.

« Un vin de Primeurs, c’est comme un ado »

Salle de presse pour les dégustations de Saint-Emilion Grands Crus Classés (Johan GESREL.)

Salle de presse pour les dégustations de Saint-Emilion Grands Crus Classés (Johan GESREL.)

En remontant de la cave, nous nous dirigeons dans la salle réservée aux journalistes. Deux rangées de bouteilles s’étalent sur une longue table blanche. Des flacons de 37,5 cl avec ou sans étiquette selon qu’on souhaite déguster ou non à l’aveugle. L’ambiance y est studieuse comme un jour de baccalauréat. Dans la salle d’à côté, les vignerons sont là derrière des comptoirs prêts à discuter et faire, eux aussi, déguster leur vin en primeur. Barbara Janoueix du Château Ripeau nous explique : « Les échantillons que vous voyez devant vous ont été préparés ce matin. On essaye de préparer des produits qui sont représentatifs. Ça passe par un travail de dégustations régulières sur ces lots et de composition ».

Très poétique, Sylvie Pourquet du Château Grand Pontet fait usage de la métaphore : « Les Primeurs, c’est une année de travail, c’est comme porter un enfant durant neuf mois ». Pas trop frustrant de présenter un bébé qui n’est pas formé complétement ? « Justement, c’est comme un adolescent. Vous voyez ce qui va devenir à travers sa carrure et sa personnalité. On ne sait pas ce que ça donnera au final, mais on a déjà une belle trame ! ». Justin Onclin, négociant et propriétaire du Château Villemaurine, le dit tout de go : « Pour nous, les Primeurs, c’est un temps fort car ça représente quand même environs 80% de nos ventes donc on a intérêt à ce que ça se passe bien et que les clients dégustent les vins dans de bonnes conditions ».

Nicolas Merlet du Château du Merle et sa compagne Silvana (Johan GESREL.)

Nicolas Merlet du Château du Merle et sa compagne Silvana (Johan GESREL.)

Direction dans la soirée à Bordeaux, quai de Paludate, dans l’entrepôt d’un des plus gros négociants de la place : Millésima. C’est là qu’a lieu la soirées des Primeurs de Bordeaux Supérieurs. Nous y croisons un tonnelier d’Agen, un oenologue de Cahors et pas mal de personnes invitées. De fil en aiguille, nous faisons connaissance avec les vignerons comme le sympathique Nicolas Merlet du Château du Merle. Son look décontracté et ses cheveux longs tranchent avec les pantalons à pinces de certains convives. Son vin se distingue également par l’absence notable de bois. Il nous explique ne pas faire usage de la barrique. Un choix audacieux dans un vignoble (sur)dominé par les fûts. Nicolas s’interroge sur une éventuelle reconversion en bio et pourquoi pas en biodynamie. « Je ne viens pas aux Primeurs pour vendre mes vins car ce nous fonctionnons déjà par notre propre réseau », confie le jeune vigneron accompagné de son amie brésilienne, Silvana. « Être ici permet de se montrer et de déguster ce que nos voisins produisent. C’est l’occasion de nous rencontrer une fois l’an, tout simplement ».

Johan GESREL.

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