Exclu – Après Christie’s et Sotheby’s, les Français débarquent (enfin) à Hong-Kong

En mai prochain, le commissaire priseur Marc Labarbe et son collègue Jack-Philippe Ruellan vont présider la première vente aux enchères française à Hong-Kong (Crédit : Dominique Viet)

Après le récent succès de Vinexpo à Hong-Kong, l’intérêt pour l’ancienne colonie britannique ne cesse de croître dans le monde du vin et des spiritueux. Depuis plusieurs mois déjà, Acker Merral & Condit, Sotheby’s et Christie’s ont installé leurs pénates dans ce qu’il est admis d’appeler la nouvelle capitale mondiale du « wine business ». Les ventes aux enchères atteignent des prix vertigineux sur des grands crus français. Plutôt que de voir le train passer, deux commissaires priseurs, le breton Jack-Philippe Ruellan et le toulousain Marc Labarbe, vont organiser du 11 au 13 mai 2012, la première vente aux enchères française de grands crus. Interview exclusive de Johan Gesrel.

Malolacti[K] – Comment est né ce projet de vente aux enchères à Hong-Kong ?

Maître Marc Labarbe – L’idée revient à Jack-Philippe Ruellan, commissaire priseur à Vannes qui a été le premier français à  tenter l’aventure en Chine. Pour l’heure, aucune grosse boîte française n’est partie là-bas. Il a commencé l’an dernier et m’avait demandé de l’accompagner. Sur place, on a vu l’engouement des Chinois pour le vin et c’est pour ça qu’on a décidé d’organiser une nouvelle vente aux enchères tous les deux au mois de mai prochain à Hong-Kong.

Malolacti[K] – En étudiant votre catalogue, on remarque d’emblée que cette vente s’articule autour des grands noms et des grands crus de Bordeaux : Château Figeac, Rothschild, Château Latour, Cheval Blanc… Pourquoi ?

Maître Marc Labarbe – Il faut reconnaître que la clientèle chinoise est plutôt pour l’instant amateur de grands crus de Bordeaux. Elle s’ouvre vers les Bourgogne et découvre actuellement les Bourgogne Blanc donc on s’est orienté vers des millésimes récents car les Chinois veulent boire de suite. Pour l’instant on n’est pas sur les collectionneurs, on est sur des marchands qui achètent pour des clients. Certains achètent quelques vieilles bouteilles pour des anniversaires, certes, mais ils veulent des bouteilles qui sont destinées à être bues. Pour eux, il y a des étiquettes mythiques comme Laffite Rothschild, même si elle est en train de s’essouffler ; les Bourgognes arrivent derrière et je pense qu’ils vont très vite occuper le terrain. Selon nous, le marché va exploser d’ici deux ans c’est pourquoi on se positionne maintenant.

Malolacti[K] – Comment avez-vous constitué votre catalogue de vins rares ?

Maître Marc Labarbe – Tout simplement, nous annonçons notre vente à Hong-Kong. Suite à ça, les particuliers et les professionnels nous appellent en nous proposant de vendre leur cave. Là, j’ai un restaurant qui m’a appelé il y a quelques jours qui m’a dit qu’il voulait finir son fond de cave. Nous avons aussi beaucoup de particuliers qui ont à une époque spéculé en achetant du vin en primeur il y a 20-25 ans, c’est donc une opportunité d’écouler ces bouteilles auprès d’un marché en demande. Je pense même qu’ils auront l’occasion de mieux les vendre qu’en France à l’heure actuelle.

Malolacti[K] – Est-ce que vous restez ouvert à d’autres domaines, moins luxueux ?

Maître Marc Labarbe – On ne peut pas tomber dans les petits domaines parce que c’est une vente aux enchères qui a un coût et qu’il faut l’amortir. On ne peut pas faire une vente avec 3000 lots. On s’est limité à 1000 lots avec des prix de départ relativement importants tout en allant vers des 2e, 3e, 4e crus pour permettre à des Chinois modestes d’accéder à des vins de qualité à des prix plus raisonnables.

Malolacti[K] – Comment allez-vous faire du point de vue logistique ? Transporter des bouteilles de valeurs avec toute la question des remous liés au voyage, les changements climatiques, etc.…Ce n’est pas courir un risque ?

Maître Marc Labarbe – Tous les vins ne partiront pas en Chine. Les Grands Bordeaux resteront sûrement sur place. Une partie sera transportée avec un ou deux mois d’avance. Une fois vendues, les bouteilles seront expédiées via nos propres services.

Maître Marc Labarbe, commissaire à Toulouse, prêt à jouer du marteau à Hong-Kong (Crédit : Dominique Viet).

Malolacti[K] – Ces ventes de Bordeaux à Hong-Kong, on le sait, atteignent des prix vertigineux. (Entre 10 000 et 25 000€ la caisse de douze bouteilles, rapporte l’hebdomadaire l’Express), n’avez-vous pas l’impression de participer à cette frénésie spéculative aujourd’hui critiquée par des figures comme Michel Bettane ou voire Robert Parker ?

Maître Marc Labarbe – Oui bien sûr. Mais disons que les Chinois restent encore raisonnables. Bien sûr, le but en allant à Hong-Kong, c’est d’avoir la présence de particuliers fortunés qui pourraient effectivement, pour se faire plaisir, faire monter les cours à des prix supérieurs à ceux que nous connaissons aujourd’hui mais il faut savoir aussi que la concurrence étrangère est présente donc les cours ne peuvent pas s’envoler dans l’immédiat. S’il y a envol, ce sera dans les années à venir car le marché chinois est vraiment naissant. Ce qui va se passer, on n’en sait trop rien. Pour l’instant, on est plus sur une plus-value raisonnable que sur une explosion des cours en Chine.

Malolacti[K] – La contrefaçon des grands crus est une réalité en Chine. Quelle garantie apportez-vous à vos clients-acheteurs ?

Maître Marc Labarbe – On a la chance en France de travailler avec des caves de particuliers qui en règle générale ne réservent pas de mauvaises surprises. Notre expert, Jean-Christophe Lucquiaud, les regarde une à une de façon à ce que les clients chinois ne soient pas déçus et qu’on puisse ensuite renouveler l’expérience.

Malolacti[K] – Dans votre catalogue, il y a un guide de l’acheteur avec des dessins pour apprendre à vérifier le niveau des cols de bouteilles. Est-ce pour insuffler une culture de la vente aux enchères en Chine ?

Maître Marc Labarbe – Oui, les Chinois ne connaissent pas bien le monde des enchères. Ces gens fortunés à qui nous nous adressons ont souvent fait fortune en très peu de temps et je crois que les maisons de vente aux enchères les intimident. Pour autant, ces gens-là sont très exigeants et on se doit de faire du conseil et de la qualité. On l’a d’ailleurs constaté l’an dernier une fois la vente terminée. Si une bouteille de leur lot ne correspond pas à ce qui a été décrit dans le catalogue, certains clients chinois refusent tout le lot. Donc oui, on essaye de leur insuffler ce goût du détail pour qu’ils aient confiance en notre expertise . Le but, c’est de vendre des bouteilles dont ils soient heureux pour les voir revenir aux ventes suivantes.

Malolacti[K] – La vente aux enchères aura lieu du 11 au 13 mai 2012, soit quinze jours avant la prochaine édition de Vinexpo. Beaucoup de stress et d’excitation au final, non ?

Maître Marc Labarbe – Pour mon confrère Jack-Philippe Ruellan et moi c’est un défi mais ça l’est aussi pour Jean-Christophe Lucquiaud, notre expert. Par exemple en France, si je vends une  caisse de vin d’un grand cru et que j’indique « Douze bouteilles de cheval blanc 1990 caisse bois » et que je ne mets aucune mention à côté, dans l’esprit du client français, cela veut dire que la bouteille est intacte. Dans l’esprit d’un client chinois, c’est que la bouteille cache un défaut qu’on ne mentionne pas. Donc il faut tout indiquer : le niveau, l’étiquette, etc.…Il y a un niveau d’exigence très élevé qui s’avère finalement pour nous, vous avez raison, très passionnant.  Mais je vous avoue qu’aller en Chine est déjà une aventure en soi.

Malolacti[K] –Dernière question même si on aurait dû démarrer par-là. A quand remonte votre goût pour le vin Marc Labarbe?

Maître Marc Labarbe – C’est une passion qui a démarré il y a une vingtaine d’années via mon beau-père qui m’a initié aux grands repas et aux grands vins. Et donc j’y ai pris goût. J’ai rencontré des amis qui m’ont fait partager cette passion. Car le vin c’est une chose qui ne se vit pas tout seul.

http://www.finewinefrenchauctioneers.com/

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