Claude et Lydia Bourguignon : « Y’a de l’or à Cahors ! »

Claude et Lydia Bourguignon (Crédit : Johan Gesrel)

Claude et Lydia Bourguignon sont tous deux ingénieurs agronomes. Ensemble, ils parcourent la planète pour analyser les sols et conseiller les agriculteurs et les grands domaines viticoles. Parfois critiqués pour leur méthode, ils sont pourtant les premiers à avoir, durant les années 70, lancé une alerte sur la dégradation de la biomasse. Le couple vit désormais en partie dans le Lot où ils ont planté des vignes. Récemment, ils donnaient une conférence sur le terroir à l’attention des étudiants de l’ESC Dijon, en Master spécialisé en commerce international vins et spiritueux. A cette occasion Malolacti[K] a pu s’entretenir avec eux.

Malolacti[K] – Pourquoi avoir claqué la porte de l’Institut National de Recherche Agronomique en 1989 ?

Lydia Bourguignon – On a quitté l’Inra avec Claude parce que si on se replace il y a 20 ans, la notion d’écologie et d’environnement n’étaient pas dans les préoccupations majeures et comme nous étions déjà très sensibilisés par le problème de l’agonie et de la maltraitance des sols, on a donc décidé de quitter l’INRA et de créer un laboratoire d’analyse de sols en prenant la dimension chimique mais surtout biologique, c’est-à-dire la vie dans les sols en tenant compte des organismes vivants. Malheureusement, la manière de cultiver les a beaucoup détruits.

Malolacti[K] – En résumé, votre méthode c’est adapter la culture au sol et non forcer le sol à s’adapter à la culture…

Lydia Bourguignon – Oui, beaucoup de scientifiques ou d’agriculteurs nous critiquent en disant Les Bourguignons ils veulent revenir à l’âge de pierre. Ce n’est pas du tout ça. C’est avant tout s’appuyer sur l’empirisme des anciens parce que eux n’avaient pas nos produits de traitement, ils n’avaient pas nos facilités. Et nous on essaye de comprendre pourquoi ils avaient choisi certains types de culture et certaines façons de faire.  Effectivement, les gens voudraient que les sols soient tous les mêmes mais ils ne sont pas politiquement corrects. Par exemple, vous avez des sols qui font de très grands vins. Vous marchez 100 mètres plus bas vous n’aurez pas forcément un très grand vin. Et ça c’est la nature et on n’y peut rien.

Malolacti[K] – Dans quel état sont les sols aujourd’hui et en particulier ceux des vignes ?

Claude Bourguignon – Ce qui me surprend, c’est la perte d’enracinement. Avec les produits chimiques, on est passé de 3 mètres 50 d’enracinement à 50 centimètres en l’espace d’un demi-siècle. Ce qui fait qu’arracher une vigne n’est plus une difficulté. Avant, il fallait une sacré force et des machines pour le faire. Aujourd’hui, vous pouvez quasiment le faire à la main.

Malolacti[K] – Vous défendez la notion de respiration des sols, ça veut dire quoi ?

Lydia Bourguignon –  C’est la clé du problème de nos sols. Ils sont tellement compactés qu’en fait il n’y a plus d’oxygène, ils ne respirent plus. La faune, les vers de terre, les collemboles, les acariens et les racines ont besoin de cet oxygène comme nous. Imaginez qu’on vous empêche de respirer vous allez mourir. Nos sols sont compactés en partie à cause des machines qui sont de plus en plus lourdes et des produits qui tuent cette faune. Du coup, les sols sont appauvris, on est obligé d’utiliser de la fertilisation et d’autres moyens pour pouvoir cultiver.

Malolacti[K] – Est-ce que la solution, c’est véritablement passer à l’agriculture biologique ? En viticulture, même en bio, on est obligé de traiter même si ce ne sont pas des produits systémiques.

Lydia Bourguignon – L’agriculture biologique est certainement la solution puisqu’en fait on n’utilise pas de produits de synthèse. Mais je crois qu’il ne faut pas tomber dans le tout bio sans réfléchir. Par exemple, je vois des agriculteurs biologiques qui veulent absolument mettre du compost qui est effectivement de la matière organique et biologique. Seulement si on ne connaît pas les règles du sol, même en bio, on peut faire des erreurs. Si vous ne mettez pas la plante ou le porte-greffe ou ce qui faut, vous pouvez être en bio, vous pouvez être déçu. Vous savez le métier d’agriculteur, c’est le métier le plus difficile de la planète. On doit intégrer tout. Il faut connaître un peu de climatologie, de la pédologie, de la géologie, la botanique, la zoologie, c’est un métier universel. Il ne suffit pas de labourer et de planter quelques graines, ça ne se passe pas comme ça.

A l'invitation de l'Interprofession des vins de Cahors, plusieurs vignerons et étudiants de l'ESC Dijon sont venus d'écouvrir le domaine de Claude et Lydia Bourguignon, situé sur les hauteurs de Laroque-des-Arcs (Crédit : Johan Gesrel).

Malolacti[K] – Et la vigne dans tout ça ? Pourquoi être passé de « docteurs du sol » à vignerons dans la région de Cahors ?

Lydia Bourguignon – Il faut rendre hommage à l’architecte-vigneron Christian Belmon, qui a malheureusement disparu cet hiver, et sans qui nous n’aurions pas découvert le Lot. (voir article dans Malolacti[K] – Domaine Belmont, au nom du père…). C’est lui qui a fait appel à nos services en 1993 pour savoir quels cépages pourraient s’adapter à son terroir, à Gigouzac. A l’époque, il voulait planter des cépages rouges mais quand a vu et analysé de plus près ses parcelles, on l’a fortement conseillé de planter du blanc. Il n’était pas convaincu mais finalement, sa confiance a payé. Pour ce qui est de notre travail, on continue avec notre laboratoire. La vigne ? Tout est de ma faute (rires). Je voulais planter et avoir la plaisir  de me convertir à la viticulture pour notre retraite. En Bourgogne, les meilleures terres sont trop chères. Alors, on s’est installé ici, sur la commune de Laroque-des-Arcs, juste à la frontière avec la zone d’appellation de Cahors.

Claude Bourguignon – Le terrain, on l’a découvert et acheté en 2002. On a déssouché en 2006-2007. Quand on regarde bien, c’est un petit morceau de Bourgogne, en symétrie par rapport au Massif Central. Les terroirs sont similaires. Pour les cépages, on a planté du malbec mais aussi des sélections massales de blanc. Il faudra attendre encore un an avant de déguster les premières cuvées.

Malolacti[K] – Même si vos bouteilles porteront la mention « vin de pays », quel regard portez-vous sur l’appellation Cahors en général ?

Claude Bourguignon – Le projet de hiérarchisation est une bonne chose mais il faudrait redéfinir les zones avec un cahier des charges propre à chacune des  terrasses car une vigne plantée au bord de la rivière Lot n’a pas les mêmes besoins ou caractéristiques qu’une vigne plantée sur le causse. Moi, je pense qu’il faudrait faire une AOC qui partirait du sol. La région de Cahors est mûre pour s’inspirer du modèle « bourguignon ».

Lydia Bourguignon – C’est une région qui est en train de bouger. Y’a de l’or à Cahors !

http://www.lams-21.com/

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