Vin et télévision ou le cache-cache hypocrite

On a beau dire que la France est le pays du vin, difficile pour un étranger de s’en apercevoir à la simple vision des programmes télés. Qu’elles soient publiques ou privées, la plupart des anciennes chaînes hertziennes et aujourd’hui numériques freinent des deux pieds lorsqu’on leur propose de diffuser une émission ou des chroniques relatives à cette soit disant fierté nationale qu’est le vin. La faute à qui ?

Tout d’abord à cette fameuse loi Evin votée en janvier 1991. Formulée par le ministre socialiste de la Santé Claude Evin, cette loi a été conçue comme un rempart dans la lutte contre le tabagisme et l’alcoolisme en France et dont voici un extrait :

« Est considérée comme propagande ou publicité indirecte la propagande ou publicité en faveur d’un organisme, d’un service, d’une activité, d’un produit ou d’un article autre qu’une boisson alcoolique qui, par son graphisme, sa présentation, l’utilisation d’une dénomination, d’une marque, d’un emblème publicitaire ou d’un autre signe distinctif, rappelle une boisson alcoolique. »

© Jean-Claude Roca / Telecip

A ce stade, difficile alors de parler de la qualité d’un vin, de son terroir, d’un producteur sans tomber sous le coup de la loi. Une épée de Damoclès qui pèse sur les chaînes de télévision qui se limitent alors à émettre, parfois, des reportages les moins explicites possibles dans leurs journaux. Du côté de la fiction, même problème. Parmi les récentes initiatives, on notera la diffusion d’un téléfilm sur France 3 au mois de février 2011. Intitulé « Les larmes de Pasquin », ce long-métrage est directement inspiré d’une suite de romans policiers « Le sang de la vigne » (Fayard) écrits par le journaliste Jean-Pierre Alaux. Il met en scène le comédien Pierre Arditi jouant Benjamin Lebel, un œnologue lancé dans une intrigue viticolo-policière. « On a du changé le titre de ce premier téléfilm qui est une adaptation de Saint-Pétrus et le seigneur car à la télévision on ne peut même pas citer de noms de vin sans se faire taper sur le doigts », commente Jean-Pierre Alaux. Malheureusement, l’exercice de jonglage reste difficile. La preuve avec cette scène où, Pierre Arditi est attablé en train de manger « une lamproie » à la bordelaise. A proximité de l’assiette un verre d’eau, une carafe d’eau et une autre carafe vide dont on se demande ce qu’il pouvait bien y a voir dedans…

« Gran Reserva », l’exemple espagnol

Autre exercice cette fois-ci du côté de l’Espagne où une série produite par la télévision publique est en train de connaître un énorme succès : « Gran Reserva ». La deuxième saison diffusée en ce moment sur la RTVE vient de recevoir la médaille de bronze du Festival international de cinéma et de télévision à New-York. Voici ci-dessous la bande-annonce d’un des épisodes, en version originale.

Créé par Ràmon Campos et Gema R. Neira, « Gran Reserva » met en scène l’histoire de deux familles de vignerons de La Rioja, une des plus grandes et célèbres régions viticoles espagnoles. D’un côté, les Cortàzar : riches, présomptueux, ayant la main mise sur tous les petits producteurs de la Rioja, prêts à trafiquer. De l’autre, les Reverte : modestes, endettés, bénéficiant de l’avis positif des critiques de guide. Si les premiers épisodes tournés près de Logroño montrent effectivement l’antagonisme des personnages dans leur façon de faire le vin et d’aborder la vigne, le scénario se tourne très vite sur les histoires personnelles et sentimentales des héros, au point de faire passer le vin au second voire au troisième plan. Dommage, car les images du début, avaient le don de susciter l’envie d’ouvrir une bouteille ou du moins de garder quelques unes dans notre cave en attendant la prochaine bonne occasion. On y voit en effet des verres remplis, des flacons anciens, bref des scènes plus crédibles au sens oenophile du terme. Pourtant, nos voisins ont eux aussi adopté une loi semblable à la Loi Evin en 1988 qui impose à peu de chose prêt les mêmes restrictions.

A quand alors la fin de l’hypocrisie ? Peut-on parler de vin sans tomber dans l’apologie éthylique ? Le débat reste ouvert. Je vous propose de regarder cette vidéo diffusée sur LCI au moment de l’ouverture malheureusement avortée de la chaîne Edonys créée par Jean-Michel Peryonnet, l’ancien rédacteur en chef de la Revue Vinicole Internationale.

Cliquez ci-dessous :

comment-parler-vin-sans-en-2n70z_2exyh_.html

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s