Paul Bush, à la recherche du Malbec perdu…

Maggie et Paul Bush, viticulteurs californiens, en immersion au marché de Cahors. (crédit : Malolactik)

« Un café cappuccino, s’il vous plaît Madame ! ». Après deux mois passés en France, Paul et Maggie Bush et leurs deux charmantes jeunes filles Hannah et Tessa pourraient à l’évidence passer pour de simples résidents anglais installés dans le Quercy. Nous nous sommes donné rendez-vous un samedi matin dans un café qui jouxte la place Chapou de Cahors. C’est jour de marché. Les deux petites en profitent pour aller acheter des fleurs et des chocolats avec les quelques euros distribués par leur maman. A table, la conversation s’oriente d’emblée sur les raisons de ce « voyage d’étude » dans la zone d’appellation de Cahors. Il se résume à un cépage : le malbec.

Paul et Maggie Bush vivent à Camino, une petite ville d’à peine 5000 âmes, située au pied de la Sierra Nevada californienne. Depuis 1973, les parents de Paul, Dick et Leslie, cultivent la vigne dans un domaine appelé Madroña.  A  l’époque, le jeune ingénieur et sa femme tombent amoureux de la région et décident de s’y installer pour faire du vin. Après avoir testé plusieurs cépages et mis au monde quatre enfants, Dick et Leslie Bush ont transformé Madroña en une véritable entreprise viticole. Trois couples, parents et enfants, sont aujourd’hui propriétaire de 31 hectares répartis sur trois grandes parcelles. 26 cépages y sont travaillés : le très classique zinfandel (il occupe 10% de la production dans l’état californien), le riesling, le cabernet, pinot noir, merlot, et évidemment le malbec. « En cette saison, nos vignes sont recouvertes de neige », dit Paul Bush. « Je reste en contact avec la famille et tiens un blog régulièrement pour les tenir au courant de notre expérience ».

« L’homme est un grand conducteur »

De la Sierra Nevada californienne aux vallées noueuses du Lot, Paul et Maggie sont venus chercher la réponse à une interrogation : « Je vous jure que le vin de malbec que nous faisons avec notre terroir n’a rien à voir avec les malbec de cahors et les malbec argentins », soutient Paul Bush. Planté en 1993, le cépage malbec était un choix lié à cette diversité de cépage propre à Madroña. « On voulait faire des combinaisons », dit Maggie. Aujourd’hui, la bouteille « Madroña – Reserve Malbec » contient 80% de Malbec, 15% Merlot, et 5% de Cabernet-Sauvignon. « Cela fait un vin intensément fruité, coloré, puissant. Mais comparé aux Cahors, nos tannins sont plus doux », s’étonne Paul.

Pourquoi alors venir dans l’appellation ? Faire la même chose qu’à Cahors est-il primordial ? « Non, d’autant que les méthodes divergent. Par exemple, en Californie, nous pouvons non seulement faire les assemblages qui nous plaisent, mais en plus nous pouvons irriguer. Ce qui est interdit, je crois par ici », répond le vigneron californien. A l’heure de la parkérisation des esprits, ce voyage initiatique  a semble-t-il apporté plus de questions que de réponses au couple. En clair, les sols limono-argileux du nord-est de la Californie n’ont rien à envier aux neuf terroirs de l’aire cadurcienne.  Les échanges avec plusieurs vignerons de l’AOC (Château Croisille, Château Eugénie) et une rencontre avec les microbiologistes  Claude et Lydia Bourguignon ont, visiblement, fini par les convaincre. En ce sens,  le visionnage d’une vidéo tournée avec le célèbre œnologue Jacques Puisais, leur apporte la réflexion suivante : « le terroir fait grandir l’homme qui cultive la vigne car l’homme va se mettre à la disposition de cette valeur du sol et de cette intimité des sols, tout comme il va se mettre à la disposition de cette intimité du climat », estime Jacques Puisais. « Il regarde le vent et les cycles climatiques d’une autre façon de façon à ce que le vin retrouve tous ces caractères transmis par l’air et la terre. C’est en faisant cela que l’homme grandit. L’homme est un grand conducteur ».

Les vignes de la famille Bush, à Camino, non loin de la Sierra Nevada californienne.

A travers cette immersion de deux mois, ces rencontres ponctuées de repas quercynois, d’échanges linguistiques aussi, Paul et Maggie Bush sont repartis le sac plein d’impressions et de notions complexes qui devraient les aider à mieux comprendre ce qu’ils ont laissé derrière eux, à plusieurs milliers de kilomètres. « Nous reviendrons pour les prochaines journées Internationales du Malbec à Cahors et faire goûter nos vins », conclut Paul, avant de nous inviter à venir chez lui voir sur place, SON terroir.


Madroña Vineyards – California

http://www.madronavineyards.com/

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s