Quels vins veulent boire les Chinois ?

La Chine, « nouvel eldorado » pour les vins français, « remède anticrise » pour l’Espagne ? Que n’a-t-on pas lu dernièrement sur les intentions commerciales de ces nouveaux partenaires asiatiques. Selon le journal Sud-Ouest, la Chine est devenue le premier marché des vins de Bordeaux à l’export. De novembre 2009 à fin octobre 2010, le vignoble aurait commercialisé la bagatelle de 251 000 hectolitres pour un chiffre d’affaires de 333 millions d’euros.

En Espagne, plusieurs secteurs agro-alimentaires ont signé un contrat avec des entreprises chinoises à l’occasion de la visite récente à Madrid du vice-premier ministre chinois, Li Keqiang. Parmi elles, la cave Pago de Vallegarcía, basée en Castille-La Manche, propriété d’Alfonso Cortina d’Alcocer. En 2011, 70 à 80 000 bouteilles qui sortent de ses caves seront exportées dans l’empire du milieu, ce qui représente un chiffre de 800 000€, soit 30% de toutes ses ventes durant deux années. Le domaine créé en 1997, se veut proche des vins de Bordeaux. Il suffit de voir les cépages plantés près de Ciudad Real : merlot, cabernet franc, cabernet sauvignon, petit verdot et syrah… Et du viognier pour les blancs.

 

David Cheng, directeur général de Xiamen Zunzhi Co Ltd, près des berges du Lot. Cet importateur chinois est venu négocier l'achat de bouteilles dans plusieurs domaines de l'AOC Cahors. (Malolactica)

Alors, finie la crise donc ? Quels envies, et quel marché se cachent derrière ces belles annonces prometteuses ? Pour tenter d’y répondre, Malolacti[K] est allé à la rencontre de David Cheng, directeur général de Xiamen Zunzhi Co Ltd, un importateur chinois. Présent sur le salon des vins biologiques de Montpellier la semaine dernière, il a profité de sa présence dans le sud-ouest pour prospecter et surtout signer des contrats avec plusieurs producteurs de l’AOC Cahors.

Créée en 1998, l’entreprise de David Cheng n’en est pas à son premier coup d’essai. Dans son catalogue destiné aux restaurateurs, bordeaux ne représente que 10% de ses produits. Un choix parfaitement assumé : « Pour moi le marché chinois est en plein développement même s’il n’est pas encore mûr. Ces deux dernières années, la plupart des nouvelles entreprises ont d’abord cherché à faire de l’argent. Nous, on veut apporter du vin de qualité de France comme le malbec de Cahors, les vins de Fronton, le riesling d’Alsace. Tous ces cépages si particuliers et locaux qui représentent ces zones d’appellation. » Des vins de niche en somme.

Les Chinois aiment les vins tanniques et les vieilles étiquettes

Et surtout, ne cherchez pas à vous moderniser, serait-on tenté d’ajouter. « Les Chinois aiment les étiquettes un peu jaunies, avec de préférence les châteaux, les villages.  Bref, l’authenticité à l’extrême. D’ailleurs je demande souvent aux producteurs s’ils n’ont pas d’autres étiquettes plus vintage à proposer », raconte Géraldine Rousselle de la société Occitan Commercial and Tourism Agency (OCTA). C’est elle qui a dirigé David Cheng vers Cahors. « Il commence d’abord par demander des échantillons d’entrée de gamme. Pour lui, si l’entrée de gamme est bon, le reste  doit suivre », dit-elle. Trois domaines n’ont pas eu à se plaindre de sa visite : Château Saint-Sernin, Château Armandière et Mas Del Perié auraient déjà signé un contrat pour livrer une première palette.

Et le goût dans tout ça ? « C’est très difficile de savoir ce que les Chinois veulent », reconnaît l’importateur. « Les vins très tanniques sont appréciés, les vins un peu acides aussi. Comme vous le savez, les malbecs argentins sont frais, puissants et aromatiques. Mais ce n’est pas ce que nous recherchons en priorité. Moi, j’ai besoin de cette touche française (« french touch » ndlr). Les Chinois n’ont pas besoin de se rendre en France, il faut que les vins les fassent rêver et voyager à distance. Je veux leur apporter ce goût original. » Plus d’astringence, plus d’étiquettes jaunies avec le vieux clocher dessus ? De quoi rappeler les Cahors d’il y a 20 ans…Et si l’avenir n’était pas dans le passé ?

En tout cas, beaucoup ne veulent pas louper le coche.  Philippe Bernède du Clos La Coutale (AOC  Cahors) prévient : « Si nous répétons à l’export les erreurs que des négociants et des producteurs ont commises en grande distribution française (prix cassés, qualité basique), alors nous ne prospérerons jamais sur ce marché désormais stratégique et même décisif. Nous n’aurons plus qu’à aller à la pêche ! » Aujourd’hui, 19 millions de Chinois sur 723 millions en âge de consommer achèteraient du vin.

(Sources : Malolacti[K] / Sud-Ouest / ABC /UIVC ).

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