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Mariage de raison entre Cahors et le Sud-Ouest

Posted in Actualité with tags , , , , on 01/02/2013 by malolacti[K]
Jean-Marie Sigaud, président de l'UIVC et Michel Defrancès, président de l'IVSO, entourés du préfet de région, Henri-Michel Comet et du vice-président de la Région Midi-Pyrénées en charge de l'agriculture, Vincent Labarthe (Crédit : Johan Gesrel.)

Jean-Marie Sigaud, président de l’UIVC et Michel Defrancès, président de l’IVSO, entourés du préfet de région, Henri-Michel Comet et du vice-président de la Région Midi-Pyrénées en charge de l’agriculture, Vincent Labarthe (Crédit : Johan Gesrel.)

Après 20 ans de tractations et discussions souvent musclées, les Vins de Cahors jusqu’ici indépendants ont fini par signer une convention jeudi soir avec les Vins du Sud-Ouest (IVSO). Cette convention scellée devant le préfet de la région Midi-Pyrénées, Henri-Michel Comet, par ailleurs préfet coordonnateur du bassin viticole Sud-Ouest, marque « une étape historique » a souligné Jean-Marie Sigaud, le président de l’Union Interprofessionnelle des Vins de Cahors (UIVC). Cette convention d’une durée de trois ans est en fait une étape dans le processus de rapprochement puisqu’elle porte sur le volet promotionnel et économique. « Il y aura une participation financière de Cahors afin de mutualiser les actions à l’étranger » annonce Michel Defrancès, le président de l’IVSO. Cahors pourra désormais siéger au sein des vins du Sud-Ouest avec des représentants au conseil d’administration, les commissions et lors des assemblées générales.

Cahors, fatigué de jouer les Gaulois ?

Ne nous voilons pas la face, Cahors ne va pas se diluer du jour au lendemain. Mais ce rapprochement marque -t-il la fin d’une résistance à la Gauloise ? « Non », répond Jean-Marie Sigaud, « nous étions à la fin d’un programme qui durait depuis cinq ans sur la dynamique Cahors-Malbec (stratégie marketing basée sur la promotion du cépage malbec principalement vers les Etats-Unis, ndlr). Bien sûr, nous avions beaucoup de pression sur la plan politique aussi bien de la part de la Région que de la part des Ministères ». Néanmoins, Cahors garde une part de son autonomie. Sur ce point, Jean-Marie Sigaud, ne s’est pas caché pour le dire devant la presse : « Je ne veux pas qu’on vienne pour simplement occuper un poste et il n’est pas question non plus qu’on perde notre souveraineté », répète le téméraire président. « Nous ne venons pas en philanthrope, ne rêvons pas. On va faire valoir notre leadership car les vins de Cahors sont quand même un peu leader des vins du Sud-Ouest en termes de qualité. Il va aussi falloir que les cours des vins du Sud-Ouest se relèvent si on veut tous s’en sortir. »

Après Cahors, Bergerac ?

Sur la table des fiançailles, des vins de Fronton et de Cahors. Ici, Michel Defrancès et Jean-Marie Sigaud (Crédit : Johan Gesrel.)

Sur la table des fiançailles, des vins de Fronton et de Cahors. Ici, Michel Defrancès et Jean-Marie Sigaud (Crédit : Johan Gesrel.)

« Nous sommes dans une dynamique plus large puisque la main est tendue et nous sommes en train d’élaborer des conventions de type commerciale avec les vins de Bergerac, de Buzet, de Marmande et de Duras », explique Henri-Michel Comet, le préfet coordonnateur. Bergerac…une appellation qui fait débat. « S’ils sont dans le périmètre Sud-Ouest, ils n’ont jamais été historiquement dans la construction du bassin du Sud-Ouest », insiste Michel De Francès, le président de l’IVSO. « Mais nous n’excluons pas des collaborations. Nous sommes complémentaires, ne soyons pas concurrents ». La seconde étape reviendra au ministre de l’Agriculture qui doit prendre un acte réglementaire pour marquer l’unification du bassin du Sud-Ouest qui reste à ce jour le quatrième plus important de France en volumes (3,5 millions d’hectolitres) et en chiffre d’affaires (près d’un milliard d’euros).

« Il faut viser les Grands Crus de Cahors »

Posted in Rencontre with tags , , , on 10/11/2012 by malolacti[K]

Jean-Luc Baldès dans le chais du Clos Triguedina, à Vire-sur-Lot (Crédit : Johan Gesrel.)

A Cahors, la famille Baldès est connue depuis sept générations. Leur domaine situé à Vire-sur-Lot, à l’ouest de l’appellation, produit plusieurs vins de renoms comme le « Clos Triguedina », « Prince Probus », ou le « New Black Wine ». Personnalité de caractère et de conviction, Jean-Luc Baldès, l’actuel descendant, s’inscrit dans une longue tradition familiale marquée par l’ambition et la recherche constante du meilleur.  Malolactik vous propose  cet entretien en forme de portrait réalisé juste avant les vendanges 2012.

MalolactiK – Cette année 2012 marque pour votre domaine la 180ème vendange. C’est un anniversaire pour vous ?

Jean-Luc Baldès – Oui, c’est une façon de marquer le coup et de rappeler qu’on est là depuis longtemps et qu’il y a une véritable histoire dans ce domaine, une véritable passion avec un long travail, tant au niveau du vignoble qu’au niveau de la transmission du goût et du savoir-faire.

MalolactiK – Outre le domaine dont vous avez hérité, quel est le savoir-faire Baldès légué par vos ancêtres ?

J.-L. Baldès – Je ne sais pas s’il y a un savoir-faire Baldès. Ce que l’on m’a d’abord transmis, très jeune, c’est le goût de la terre, le goût de la vigne, le goût de la plante et aussi le goût du vin. Mon père et mon grand-père m’ont enseigné quelques pratiques bien sûr mais ce que je retiens d’eux c’est qu’ils disaient que le bon vin n’est pas le fruit du hasard mais c’est aussi le goût du travail. Moi quand je me lève le matin, j’ai envie d’aller travailler, je n’y vais pas avec peine…Et puis viser le meilleur des produits. Le goût du beau et du bon. Il faut qu’en arrivant ici, on ait plaisir à voir le vignoble comme on a plaisir à boire le vin.

MalolactiK – Êtes-vous soucieux de l’image que vous renvoyer ?

J.-L. Baldès – Oui. Pour moi, un très beau domaine qui fait du très bon vin mais qui paraît un peu désordonné, pas soigné, ça me gêne. Quand on fait du grand vin, c’est un ensemble, il faut que tout soit lié, que tout aille dans le même sens : la qualité de l’accueil, la qualité du vin, la qualité des courriers que l’on peut envoyer, etc.

MalolactiK – Qu’en est-il de l’héritage des terroirs ?

J.-L. Baldès – Moi je suis arrivé très jeune sur le domaine. A l’époque, mon père ne me faisait pas de cadeau et m’envoyait travailler à la vigne, et il avait bien raison d’ailleurs. Au fur et à mesure, j’ai appris à connaître chacune des parcelles au niveau de l’humidité, de l’exposition…ça je le dois à mon père. Ensuite, j’ai poussé un peu plus loin les recherches sur les terroirs car elles sont essentielles pour faire du bon vin. A partir de là, j’ai essayé d’aménager au mieux le vignoble, au niveau des terrasses pour sélectionner les plus beaux, le meilleur. C’est le phare qu’il faut suivre.

« Il fallait se démarquer du Carte Noire »

MalolactiK – Comment vous sentez-vous par rapport aux autres domaines du vignoble cadurcien ?

J.-L. Baldès – J’aurais du mal à être objectif mais je vais essayer de l’être quand même…(silence)…Cahors est une appellation très difficile. Moi de mon côté, je me suis rendu compte que si vraiment je voulais tenter de réussir, et c’est d’ailleurs ce que mes parents ont fait, il fallait qu’on se fasse un nom dans l’appellation et que, à la limite, le nom prenne le pas sur l’appellation. A l’époque, l’appellation c’était 80% de « Carte Noir » qui parfois était bon mais qui parfois était d’une qualité très moyenne, ce qui renvoyait une image très négative. Donc, il fallait se démarquer de tout ça. C’est comme ça qu’on a construit une gamme de vin avec des produits phares, en jouant sur le nom du domaine et de la famille.

MalolactiK – D’où cette volonté d’être autonome et de posséder son propre capital ?

J.-L. Baldès – C’est mon état d’esprit d’être assez indépendant, de compter sur moi et de ne pas attendre tout des autres. C’est ce qu’on m’a appris, ce que j’ai dans les gênes. Mais il est vrai aussi que si les autres marchent bien, moi je marcherai mieux. On ne peut pas non plus ignorer ce qui se passe à côté. Si on veut que demain l’appellation Cahors soit reconnue, ça ne sera pas un seul vigneron, ce sera un groupe de vignerons et de beaux domaines.

Jean-Luc Baldès, son épouse Sabine et leur fille Juliette, derrière le rang. Jean, le petit dernier, prêt à vendanger. (Crédit : Johan Gesrel.)

MalolactiK – A ce propos, quel regard portez-vous sur la stratégie de Cahors ? Depuis 5 ans, l’Interprofession (UIVC, ndlr) mise sur la communication autour du cépage malbec avec pour objectif premier l’export. Vous adhérez ?

J.-L. Baldès – Oui, il faut aller vers l’export. Aujourd’hui, la France est un pays un peu malade…et puis le vin c’est un produit de luxe et on ne pourra pas trouver en France tous les clients pour écouler nos productions. La stratégie de Cahors n’est pas mauvaise en soit, cette idée de parler du cépage malbec en lien avec les Argentins qui possèdent des parts de marché. On sait très bien que dans l’Histoire du vin, le berceau du malbec c’est à Cahors, pas en Argentine. Donc le revendiquer et le faire savoir, c’est une très bonne idée. C’est une accroche vis-à-vis des Etats-Unis à qui on peut dire « Coucou, nous on est l’origine du malbec, pensez à nous ! ». Et puis en France, nous avons de beaux terroirs, des climats qui sont plus complexes et donc de ce fait des produits intéressants en raffinement et en complexité. Surfer sur cette vague c’est une très très bonne idée.

« Le malbec, un passeport mais pas dans la durée »

MalolactiK – Vous parlez de complexité venant des climats et des terroirs. Cela à avoir avec votre passage en Bourgogne ? C’est un modèle à suivre ?

J.-L. Baldès – J’ai été influencé par mes parents, c’est sûr. Mais ce qui m’a vraiment décidé c’est mon passage en Bourgogne effectivement. Durant mes études, je suis tombé sur des profs qui adoraient la vigne. Il y en avait qu’on appelait « la souche » tellement il était passionné. Il y a eu une véritable transmission que j’ai mis ensuite en application ici mais aussi lors de mon passage à Bordeaux et dans mes déplacements à l’étranger. Pour revenir sur le cépage malbec, je pense que le terroir doit prendre le dessus sur le cépage.  En Bourgogne, on n’imagine pas vendre le vin parce que c’est du pinot. C’est marqué nulle part. On voit Bourgogne, on voit les crus, les appellations, etc…

MalolactiK – Pour vous, le « malbec » doit être un passeport ?

J.-L. Baldès – Un passeport oui mais pas dans la durée. Il faudra à un moment donné qu’on ait « Cahors », les crus, et « malbec » en tout petit.  Quitte à ce qu’il disparaisse ensuite. Ce jour-là, ça voudra dire qu’on aura gagné car on aura de grands crus. C’est ça qu’il faut viser.

MalolactiK – Vos vins sont reconnus et régulièrement cités dans les guides et les revues spécialisées. Comment fait-on pour assurer cette régularité ?

J.-L. Baldès – Il faut se dire que ce n’est jamais gagné. Aucun millésime ne se ressemble. Le vigneron doit s’adapter avec ce que lui apporte la nature. Il ne doit pas la subir mais jouer avec et la rendre profitable. On a eu des millésimes difficiles et on a sorti de grands vins. Vous savez, certaines bonnes années, on pourrait éventuellement dire, « je laisse faire, je vais avoir moins de boulot parce que le millésime est propice ». Non ! Tous les ans, je vais pousser au maximum pour que les conditions soient les meilleures. Quand c’est dur, il faut encore plus travailler mais quand c’est bon il ne faut rien relâcher. Les floraisons, les saisons et les arrières saisons ne sont jamais les mêmes. Il faut tout le temps être sur le terrain, le nez dans les souches. Le maître mot pour moi et mes équipes, c’est la rigueur à chaque étape.

« En Asie, tout reste à faire »

MalolactiK – Vos vins sont sur les tables de l’Elysée et du Sénat ? Comment ça se gère ?

J.-L. Baldès – C’est comme lorsqu’on rentre dans un bon restaurant. Y être c’est bien mais il faut y rester. Ça passe par des dégustations régulières et des relations car quelqu’un peut passer derrière vous et vous piquer la place. Notre métier, c’est faire du vin mais c’est aussi échanger, se mettre d’accord avec les restaurateurs, avec leur choix de mets. Le vin c’est un produit culturel qui fait parler et qu’il faut partager.

MalolactiK – Sur l’export, vous avez embauché des stagiaires qui parlent russe et chinois. Ce sont vos prochaines destinations ?

J.-L. Baldès – Aujourd’hui on sait que le Canada est un acheteur de vin de Cahors. Un travail a été fait et c’est un marché réel qui reste difficile du fait qu’il soit géré par l’Etat. Ensuite viennent les Etats-Unis où il y a  des parts de marché  à prendre. En Asie, tout reste à faire. On commence à rentrer en Chine via nos hauts de gamme. C’est un marché qui se construit peu à peu.

MalolactiK – 180ème vendange…Comment voyez-vous l’avenir de l’entreprise Baldès ? Une succession ?

J.-L. Baldès – C’est mon souhait le plus grand. J’ai eu la chance de reprendre après sept générations le domaine qu’on essaye de développer et d’améliorer le plus possible. Aujourd’hui ma fille Juliette qui est adolescente m’a dit qu’elle voulait être vigneronne. Du coup, son petit frère Jean a dit que lui aussi il voulait devenir vigneron (rires). L’essentiel c’est que le domaine continue dans la famille, qu’il ne soit pas racheté par un groupe qui veuille défiscaliser. Le terroir, c’est important mais sans les hommes derrière, ça donne rien du tout. Il est tellement facile de faire du mauvais vin sur un beau terroir, vous savez. Il faut que le domaine Baldès aille de l’avant. Moi je ne suis pas arrivé au bout où ce que je souhaiterais arrivé donc il faudra bien quelques générations pour continuer le travail des générations précédentes. C’est un travail de longue haleine.

(Propos recueillis par Johan Gesrel).

Vous allez fondre pour le verre de Cahors en chocolat…

Posted in Actualité with tags , , , , , on 01/02/2012 by malolacti[K]

Un verre à boire et à croquer, réservé "aux cahors haut de gamme" (Johan GESREL.)

A Cahors, il n’y pas que le cépage malbec qui est noir, il y a aussi le chocolat… En 2008, l’Interprofession relookait son traditionnel verre dédié au vin de l’appellation en créant une nouvelle paraison (la partie gobelet) tout en gardant l’anneau, symbole « de communion entre le consommateur et le vigneron », disait-on à l’époque. Produit et vendu à plus de 130 000 exemplaires par la société Capel, cette coupe rappelant parfois le Graal des légendes arthuriennes avait été édité dans une version « lounge », dans une couleur fluo phosphorescente tirant sur le violet, pratique pour se faire remarquer dans les soirées tamisées.

Aujourd’hui, l’Union Interprofessionnelle du Vin de Cahors se démarque une fois de plus et lancera le verre de Cahors en chocolat. Ce jeudi, le 2 février, les buveurs pourront goûter le précieux malbec tout en grignotant les rebords cacaotés du verre. Ce gourmand gobelet est réservé, dit-on « aux cahors haut de gamme, complexe et intense ». Une bonne idée de cadeau pour la Saint-Valentin voire pour le dimanche de Pâques, à condition de ne pas laisser traîner les verres près de la cheminée…

La présentation et les dégustations auront lieu à partir de 19h, à la Villa Cahors Malbec. La commercialisation est prévue à compter du jeudi 3 février,  c’est-à-dire le lendemain. Attention, le tirage est limité.

Soirée « Malbec in Black » avec concert live de « Bulle de Vers » + dégustation des verres et des vins avec gourmandises chocolatées. Entrée : 5€. Info – réservation : 06 85 79 32 94.

AOC Fronton : le vin toulousain mais pas que…

Posted in Actualité with tags , , , , , , on 15/01/2012 by malolacti[K]

Le chai du domaine Le Roc, à Fronton. (Johan GESREL.)

Situés dans le sud-ouest, les vins de Fronton n’ont pas toujours joui d’une grande réputation comme celle de ses voisins Cahors, Gaillac ou Madiran. C’est son cépage ancestral, la Négrette, et la volonté de plusieurs producteurs qui font actuellement de cette petite appellation une des aires les plus intéressantes de la région Midi-Pyrénées. A cheval entre le Tarn-et-Garonne et la Haute-Garonne, à quinze minutes de Toulouse, Fronton mise sur le développement œnotouristique périurbain et l’export qui avoisine les 15%. Son atout : des vins fruités de qualité à des prix encore très abordables. Malolacti[K] est parti à la rencontre du Château Bouissel, une des meilleures adresses de l’appellation, et s’est entretenu avec le président du syndicat, Frédéric Ribes.

Château Bouissel : la vigne avec soin

Pierre et Anne-Marie Selle avec leur fils Nicolas. (Johan GESREL.)

Rarement un domaine aura donné ce sentiment de bon sens et de rigueur. D’un bout à l’autre de la chaîne, du pied de vigne au chai, du discours à la dégustation des vins : tout semble couler de source au château Bouissel. La discrète famille Selle exerce depuis la fin des années 70. Pierre, le patriarche reprend le domaine à Campsas sur une terre jusqu’ici pétrie par l’élevage, l’arboriculture et les céréales. Progressivement, la ferme se transforme en chai, les 16 hectares qui entourent la maison se remplissent de vignes. Les rangs sont à portée de main : « On peut s’y rendre à pied ou à vélo. On n’est pas loin pour travailler ».

Les sols composés de boulbènes et de grave alimentent la Négrette, cépage obligatoire pour l’AOC Fronton, mais aussi la Syrah, le Malbec et le Cabernet Sauvignon. Rejoint en 1988 par son épouse Anne-Marie, Pierre Selle est devenu entre temps indépendant. Il souhaite développer « un outil de production de transformation et de commercialisation ». Le couple obtient une première récompense en 1989 au cours d’un salon d’expert en Belgique : « cela a confirmé notre jugement et notre choix ». Dans les vignes comme dans le chai, « la discipline » règne avec un soin particulier apporté lors des vendanges grâce à une pompe pneumatique qui permet de déverser délicatement les baies dans les cuves. Une vinification en douceur et un élevage tout aussi précieux. 100 000 bouteilles sortent en moyenne chaque année dont 40% sont réservées à l’export.

Un domaine menacé par la LGV Bordeaux-Toulouse

Après avoir une première expérience professionnelle dans l’immobilier, leur fils Nicolas décide de rejoindre l’aventure familiale. Âgé de 30 ans, il reprend aujourd’hui un domaine en bonne santé sur lequel il projette ses propres ambitions : « la structuration du vignoble continue avec l’apport de nouveaux cépages  en blanc : Petit Manseng, Viognier, Colombard (destiné au Cognac, ndlr) mais aussi Gewurztraminer et Riesling ». Un choix qui n’a rien du hasard quand on sait avec quelle rigueur la famille Selle travaille. Seule ombre au tableau et pas des moindres : la Ligne à Grande Vitesse (LGV) Bordeaux-Toulouse. Le tracé définitif prévoit de passer par la propriété couvrant 6 hectares de terrain. Sa mise en service est prévue pour 2020.

(Johan GESREL.)

Malgré l’opposition du syndicat d’appellation et les diverses manifestations, le château Bouissel sera belle et bien amputé. Déjà contraint par les autres axes que sont l’autoroute A62 et la route nationale, il risque de perdre un tiers de sa surface. « On s’en doutait mais on ne l’a appris qu’après l’installation de notre fils », déplore Anne-Marie Selle. Sans même parler de compensation ou de rachat de terrain, ce qui les inquiète le plus ce sont les parcelles visées dans ce tracé : « Ils vont détruire les rangs de Négrette », s’inquiète Pierre. « Est-ce qu’on aura encore suffisamment de pieds pour fournir les 50% nécessaires à l’obtention de l’appellation Fronton ? ». En attendant, la famille Selle poursuit son travail avec la dignité et la rigueur qui les caractérisent. En 2012, leurs vins devraient passer sous certification Bio.

Les vins de Bouissel

"La Négrette" 2010 : coup de coeur malolactik. (Johan GESREL.)

En attendant de goûter un jour leur vin blanc, le château Bouissel propose une gamme de cinq vins. Un rosé et quatre rouges :

- Rosé : assemblage Négrette (60%), Syrah, Cabernet Sauvignon et Gamay. Un rosé « moitié saignée moitié pressée ». Robe d’un rose léger. Note d’abricot prononcée. Complexité aromatique. (4,95€)

- Château Bouissel « Classic » 2009 : 50% Négrette, Syrah, Cabernet Sauvignon, Malbec.  (5,95€)

- « La Négrette de Bouissel » 2010 : comme son nom l’indique, c’est une cuvée mococépage qui exprime ici toute l’identité du Fronton. Robe noire, violacée. Arômes de violette et de mûre. Finesse avec des notes végétales. C’est le coup de [K]oeur malolalactik. (7,05€)

- « La Syrah de Bouissel »2009 : du 100% Syrah. Robe intense. Nez puissant, arômes de poivres et de cerise. (7,05€)

- Le Bouissel 2007 (Vin de Haute Expression) : 50% Négrette, Syrah et Malbec. Puissance et longueur en bouche. Des tanins qui demandent à s’assouplir une fois le vin décanté. Notes de cassis et de poivres. (9,30€)

Château Bouissel. 200 chemin du Vert, 82370 Campsas. Tél. 05 63 30 10 49.
www.chateaubouissel.com

L’avenir de Fronton passe-t-il par le vin de pays ?

Frédéric Ribes veut lancer la caractérisation des terroirs (Johan GESREL.)

Sous des dehors calmes et toujours souriant se cache un homme de caractère et de conviction. Frédéric Ribes a longtemps défendu contre vents et marées LE cépage roi de Fronton : la Négrette. Il en a fait son cheval de bataille au point d’être surnommé « Don Quichotte », une icône devenue par la suite le symbole de son domaine « Le Roc ». Fronton, c’est aujourd’hui 2 400 hectares en production, 90 000 hectolitres, 70% en vins rouges et 30% en rosé. En 2010, Frédéric Ribes est nommé à la tête du syndicat d’appellation Fronton. Il occupe aussi la présidence de la Fédération des appellations d’origine du Sud-Ouest.

malolacti[K] – Comment se porte l’AOC Fronton à la vue du dernier millésime 2011 ?

Frédéric Ribes - Elle montre des signes encourageant. Aujourd’hui, les sorties correspondent à la production avec des marchés qui tendent à s’équilibrer. Dans le même temps, beaucoup de jeunes se sont installés et ont pris la succession familiale ce qui apporte un certain dynamisme. Nous avons aussi des personnes extérieures au monde agricole qui investissent dans de grandes propriétés. Tout cela crée une grande diversité de profils.

malolacti[K] – Le projet de Ligne à Grande Vitesse (LGV) est aujourd’hui acté. Ça vous laisse quel sentiment ?

Frédéric Ribes - Aujourd’hui on compte entre six et huit domaines qui sont touchés par le tracé et dont les parcelles vont être amputées. Nous avons défendu un tracé passant par la vallée de la Garonne plutôt qu’il ne traverse les coteaux du nord de l’appellation. Les aménageurs ont trouvé que ce n’était pas la bonne solution. Désormais, c’est acté. Il y aura un impact, c’est sûr. Notre objectif est de faire que ce soit le moins traumatisant pour les exploitations existantes. Pour ça, il faut anticiper au maximum pour permettre aux vignerons de pouvoir se restructurer et réaménager leurs parcelles avec un minimum de nuisances visuelles et sonores. On nous dit qu’on sera entendu. J’attends de voir les actes.

malolacti[K] – Le ministre de l’agriculture Bruno Le Maire vient de renouveler sa confiance aux interprofessions (lire LaVigne). Jurançon, Bergerac, Cahors n’ont toujours pas rejoint l’Interprofession des Vins du Sud-Ouest. Quelle est votre analyse ?

Frédéric Ribes - A Fronton, nous savons que nous avons besoin du Sud-Ouest pour être fort à l’export. Tous seuls, nous n’aurions pas les moyens. Il faut arrêter de croire qu’en intégrant le sud-ouest on perd son identité ou qu’on est commandé. De plus, nous avons un patrimoine commun du point de vue de l’ampélographie. Cela n’empêche pas les vignobles d’avoir leur spécificité via leur cépage : la Négrette pour Fronton, le Malbec pour Cahors, le Tannat pour Madiran, etc…. Vous savez quand on va faire des opérations de promotion dans les SAQ au Canada, les producteurs de Cahors viennent avec nous. Nous sommes déjà côte à côte.

malolacti[K] – L’œnotourisme profite-t-il à Fronton ?

Frédéric Ribes – Il y a trois ans, nous avons créé une route des vins avec une meilleure signalétique. Les ventes à la propriété ont depuis augmenté. Les retours sont positifs et nous avons encore une marge de progression. Notre atout, c’est la proximité avec Toulouse, quinze minutes en voiture.

malolacti[K] – Comment voyez-vous l’avenir du Fronton ?

Frédéric Ribes - La moitié des 180 producteurs sont des coopérateurs. Vinovalie qui possède une cave à Fronton réfléchit à une restructuration pour convertir des parcelles AOC en Vin de Pays. Là, je dis attention. Il n’est pas question de revenir en arrière en plantant n’importe quoi n’importe où. Certes, les producteurs sont sans doute plus intéressés pour changer de cépages plus rémunérateurs avec des rendements élevés. Mais cela vise la moitié de l’aire d’appellation.

malolacti[K] – Que faire pour préserver cette identité ?

Frédéric Ribes - Nous allons dialoguer avec la cave coopérative et les producteurs. Lors de la prochaine assemblée générale, j’évoquerai un projet qui me tient à cœur, c’est l’identification des terroirs. Attention, là encore, je n’ai pas parlé de classement ou de hiérarchisation mais plutôt de caractérisation. L’idée c’est de voir quelles sont les parcelles qui ont un potentiel vis-à-vis des cépages de l’appellation et notamment la Négrette. Ainsi, nous pourrons nous mettre autour de la table et définir qu’est ce qui est meilleur pour partir en vin de pays et rester en AOC Fronton. C’est un long travail. Nous en avons au moins pour dix années.

Exclusif Malolacti[K] – François Hollande donne sa vision du vin en France : « Nous avons un potentiel de développement considérable ! »

Posted in Actualité, Rencontre with tags , , , , , , , , , on 30/09/2011 by malolacti[K]

François Hollande, à la Villa Malbec de Cahors (crédit : Johan GESREL)

Le député socialiste corrézien François Hollande mène campagne actuellement dans le cadre des Primaires Citoyennes dont le vote aura lieu les 9 et 16 octobre prochains. Favori des sondages, pressenti pour peut-être accéder à l’Elysée, François Hollande était vendredi 30 septembre à Cahors pour visiter la Villa Malbec. Lors d’une rencontre avec la presse, François Hollande s’est confié à malolacti[K]. Ils nous raconte son parcours personnel avec le vin et nous donne sa vision sur l’avenir de la filière.

Johan Gesrel – Malolacti[K] – François Hollande, quelle est votre première rencontre avec le vin ?

François Hollande – Il y a d’abord le premier vin que mes parents m’ont fait goûter. C’est un Bourgogne, je m’en souviens encore…et c’était une découverte pour moi qui était habitué au « Pschitt » et au « Coca-Cola ». Quand on a 10-12 ans, ce breuvage, le vin, paraît extravagant, et donc c’est un apprentissage ! Mes parents m’ont éduqué pour que le vin soit un produit respecté, c’est-à-dire un produit de qualité. Je n’ai jamais eu de mauvais vin à table même si souvent dans des familles ça peut arriver. Moi, j’ai toujours eu, grâce à mes parents, une éducation œnologique qui a fait que je ne buvais pas beaucoup de vin lorsque j’étais jeune, pas davantage aujourd’hui. A table, c’était des bons vins de table ou de bonnes appellations qui m’étaient servis.

Johan Gesrel – Malolacti[K] – Vous dîtes ne pas vouloir modifier la loi Evin que vous avez votée en son temps. Que faites-vous de ce paradoxe qui fait qu’à l’étranger, on associe la France au vin, alors qu’en France, dès qu’on évoque le vin dans les médias, on court le risque de tomber dans une dérive propagandiste comme le stipule la loi ?

François Hollande – Oui, c’est vrai. Ce que je veux dire, c’est que cette loi existe. Elle a eu sa vertu, elle a eu ses limites et elle peut avoir ses contraintes.  Mais vaut mieux essayer dans ce cadre là de promouvoir le vin à travers d’autres méthodes comme la gastronomie, le terroir,  l’image, etc…ce que nous faisons déjà, y compris sur le plan publicitaire, de sorte à ce que nous puissions voir le vin non pas comme un alcool, ce qu’il est nécessairement, mais comme un élément du savoir-vivre, de la qualité de la vie. Et c’est comme ça qu’on pourra y arriver. Et c’est pour ça que je ne suis pas favorable à ce qu’il y ait un débat législatif….

Johan Gesrel – Malolacti[K] – Mais il y a des télévisions, des médias qui aimeraient se créer autour du vin et le Conseil supérieur de l’audiovisuel les y empêche au nom de cette loi Evin ? Que faîtes-vous de ça ?

François Hollande – Oui je sais…Faisons autre chose. Faisons des télés gastronomiques ! Ou l’art de la table, ça existe vous savez des chaînes thématiques sur la cuisine. Et bien quand on prépare un plat, on peut dire avec quoi il s’accompagne, c’est beaucoup plus efficace.

Johan Gesrel – Malolacti[K] – Aujourd’hui, vous rendez visite à Cahors, une des plus petites interprofessions de France qui a choisi d’opérer sa propre stratégie à l’export au détriment de l’Interprofession des Vins du Sud Ouest dont elle devrait dépendre. Comment vous regardez toutes ces interprofessions ?

François Hollande – D’abord, je tiens à dire que les interprofessions sont utiles. C’est un moyen de créer une solidarité, de moderniser, de promouvoir…donc il faut avoir du respect pour cette démarche. Après, il ne faut pas que ce soit trop gros sinon on perd l’identité. Or, c’est très important l’identité, le lien avec un territoire. Donc je pense ici, à Cahors, que c’était très important de garder je dirais sa souveraineté. Mais, si on veut favoriser l’exportation il faut rester dans une certaine dimension interprofessionnelle qui puisse avoir du sens et de la force.

(Crédit : Johan GESREL)

Johan Gesrel – Malolacti[K] – En tant que candidat à ces élections présidentielles et donc possible futur chef d’Etat, avez-vous pris conscience de ce potentiel économique à l’export ? 6 milliards d’euros chaque année, l’équivalent de 200 avions Airbus, a souligné le maire de Cahors, Jean-Marc Vayssouze. Ça vous parle ?

François Hollande – Oui bien sûr. On pourrait aussi parler du Champagne qui reste un élément très important dans l’exportation, le Cognac qui est en plein développement en ce moment, et le vin, toutes appellations confondues ! Parce qu’à force, les pays émergeants vont atteindre des niveaux de développement. Ils vont découvrir non pas le vin, ils le connaissent déjà, mais les appellations, la qualité. Donc nous avons un potentiel de développement considérable ! A condition bien sûr d’accompagner les producteurs, les viticulteurs vers l’exportation et ce n’est pas facile de pénétrer certains marchés.

Johan Gesrel – Malolacti[K] – si demain vous êtes élu, est-ce que vous continuerez à boire du vin devant les autres comme vous le faîtes en ce moment ?

François Hollande – Vous pourrez toujours dire que vous m’avez vu en boire ! Vous pourrez en témoigner, hein ! Tiens, vous pourrez même dire que vous m’avez vu en reprendre !  [François Hollande se sert effectivement un autre verre de Cahors. Un "Clos Triguedina" 2005. ndlr].

François Hollande déguste le vin de Cahors, un Clos Triguedina 2005. (Johan GESREL.)

Claude et Lydia Bourguignon : « Y’a de l’or à Cahors ! »

Posted in Actualité, Rencontre with tags , , , , , , on 12/05/2011 by malolacti[K]

Claude et Lydia Bourguignon (Crédit : Johan Gesrel)

Claude et Lydia Bourguignon sont tous deux ingénieurs agronomes. Ensemble, ils parcourent la planète pour analyser les sols et conseiller les agriculteurs et les grands domaines viticoles. Parfois critiqués pour leur méthode, ils sont pourtant les premiers à avoir, durant les années 70, lancé une alerte sur la dégradation de la biomasse. Le couple vit désormais en partie dans le Lot où ils ont planté des vignes. Récemment, ils donnaient une conférence sur le terroir à l’attention des étudiants de l’ESC Dijon, en Master spécialisé en commerce international vins et spiritueux. A cette occasion Malolacti[K] a pu s’entretenir avec eux.

Malolacti[K] – Pourquoi avoir claqué la porte de l’Institut National de Recherche Agronomique en 1989 ?

Lydia Bourguignon – On a quitté l’Inra avec Claude parce que si on se replace il y a 20 ans, la notion d’écologie et d’environnement n’étaient pas dans les préoccupations majeures et comme nous étions déjà très sensibilisés par le problème de l’agonie et de la maltraitance des sols, on a donc décidé de quitter l’INRA et de créer un laboratoire d’analyse de sols en prenant la dimension chimique mais surtout biologique, c’est-à-dire la vie dans les sols en tenant compte des organismes vivants. Malheureusement, la manière de cultiver les a beaucoup détruits.

Malolacti[K] – En résumé, votre méthode c’est adapter la culture au sol et non forcer le sol à s’adapter à la culture…

Lydia Bourguignon – Oui, beaucoup de scientifiques ou d’agriculteurs nous critiquent en disant Les Bourguignons ils veulent revenir à l’âge de pierre. Ce n’est pas du tout ça. C’est avant tout s’appuyer sur l’empirisme des anciens parce que eux n’avaient pas nos produits de traitement, ils n’avaient pas nos facilités. Et nous on essaye de comprendre pourquoi ils avaient choisi certains types de culture et certaines façons de faire.  Effectivement, les gens voudraient que les sols soient tous les mêmes mais ils ne sont pas politiquement corrects. Par exemple, vous avez des sols qui font de très grands vins. Vous marchez 100 mètres plus bas vous n’aurez pas forcément un très grand vin. Et ça c’est la nature et on n’y peut rien.

Malolacti[K] – Dans quel état sont les sols aujourd’hui et en particulier ceux des vignes ?

Claude Bourguignon – Ce qui me surprend, c’est la perte d’enracinement. Avec les produits chimiques, on est passé de 3 mètres 50 d’enracinement à 50 centimètres en l’espace d’un demi-siècle. Ce qui fait qu’arracher une vigne n’est plus une difficulté. Avant, il fallait une sacré force et des machines pour le faire. Aujourd’hui, vous pouvez quasiment le faire à la main.

Malolacti[K] – Vous défendez la notion de respiration des sols, ça veut dire quoi ?

Lydia Bourguignon –  C’est la clé du problème de nos sols. Ils sont tellement compactés qu’en fait il n’y a plus d’oxygène, ils ne respirent plus. La faune, les vers de terre, les collemboles, les acariens et les racines ont besoin de cet oxygène comme nous. Imaginez qu’on vous empêche de respirer vous allez mourir. Nos sols sont compactés en partie à cause des machines qui sont de plus en plus lourdes et des produits qui tuent cette faune. Du coup, les sols sont appauvris, on est obligé d’utiliser de la fertilisation et d’autres moyens pour pouvoir cultiver.

Malolacti[K] – Est-ce que la solution, c’est véritablement passer à l’agriculture biologique ? En viticulture, même en bio, on est obligé de traiter même si ce ne sont pas des produits systémiques.

Lydia Bourguignon – L’agriculture biologique est certainement la solution puisqu’en fait on n’utilise pas de produits de synthèse. Mais je crois qu’il ne faut pas tomber dans le tout bio sans réfléchir. Par exemple, je vois des agriculteurs biologiques qui veulent absolument mettre du compost qui est effectivement de la matière organique et biologique. Seulement si on ne connaît pas les règles du sol, même en bio, on peut faire des erreurs. Si vous ne mettez pas la plante ou le porte-greffe ou ce qui faut, vous pouvez être en bio, vous pouvez être déçu. Vous savez le métier d’agriculteur, c’est le métier le plus difficile de la planète. On doit intégrer tout. Il faut connaître un peu de climatologie, de la pédologie, de la géologie, la botanique, la zoologie, c’est un métier universel. Il ne suffit pas de labourer et de planter quelques graines, ça ne se passe pas comme ça.

A l'invitation de l'Interprofession des vins de Cahors, plusieurs vignerons et étudiants de l'ESC Dijon sont venus d'écouvrir le domaine de Claude et Lydia Bourguignon, situé sur les hauteurs de Laroque-des-Arcs (Crédit : Johan Gesrel).

Malolacti[K] – Et la vigne dans tout ça ? Pourquoi être passé de « docteurs du sol » à vignerons dans la région de Cahors ?

Lydia Bourguignon – Il faut rendre hommage à l’architecte-vigneron Christian Belmon, qui a malheureusement disparu cet hiver, et sans qui nous n’aurions pas découvert le Lot. (voir article dans Malolacti[K] – Domaine Belmont, au nom du père…). C’est lui qui a fait appel à nos services en 1993 pour savoir quels cépages pourraient s’adapter à son terroir, à Gigouzac. A l’époque, il voulait planter des cépages rouges mais quand a vu et analysé de plus près ses parcelles, on l’a fortement conseillé de planter du blanc. Il n’était pas convaincu mais finalement, sa confiance a payé. Pour ce qui est de notre travail, on continue avec notre laboratoire. La vigne ? Tout est de ma faute (rires). Je voulais planter et avoir la plaisir  de me convertir à la viticulture pour notre retraite. En Bourgogne, les meilleures terres sont trop chères. Alors, on s’est installé ici, sur la commune de Laroque-des-Arcs, juste à la frontière avec la zone d’appellation de Cahors.

Claude Bourguignon – Le terrain, on l’a découvert et acheté en 2002. On a déssouché en 2006-2007. Quand on regarde bien, c’est un petit morceau de Bourgogne, en symétrie par rapport au Massif Central. Les terroirs sont similaires. Pour les cépages, on a planté du malbec mais aussi des sélections massales de blanc. Il faudra attendre encore un an avant de déguster les premières cuvées.

Malolacti[K] – Même si vos bouteilles porteront la mention « vin de pays », quel regard portez-vous sur l’appellation Cahors en général ?

Claude Bourguignon – Le projet de hiérarchisation est une bonne chose mais il faudrait redéfinir les zones avec un cahier des charges propre à chacune des  terrasses car une vigne plantée au bord de la rivière Lot n’a pas les mêmes besoins ou caractéristiques qu’une vigne plantée sur le causse. Moi, je pense qu’il faudrait faire une AOC qui partirait du sol. La région de Cahors est mûre pour s’inspirer du modèle « bourguignon ».

Lydia Bourguignon – C’est une région qui est en train de bouger. Y’a de l’or à Cahors !

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Paul Bush, à la recherche du Malbec perdu…

Posted in Portrait with tags , , , , , on 03/04/2011 by malolacti[K]

 

Maggie et Paul Bush, viticulteurs californiens, en immersion au marché de Cahors. (crédit : Malolactik)

« Un café cappuccino, s’il vous plaît Madame ! ». Après deux mois passés en France, Paul et Maggie Bush et leurs deux charmantes jeunes filles Hannah et Tessa pourraient à l’évidence passer pour de simples résidents anglais installés dans le Quercy. Nous nous sommes donné rendez-vous un samedi matin dans un café qui jouxte la place Chapou de Cahors. C’est jour de marché. Les deux petites en profitent pour aller acheter des fleurs et des chocolats avec les quelques euros distribués par leur maman. A table, la conversation s’oriente d’emblée sur les raisons de ce « voyage d’étude » dans la zone d’appellation de Cahors. Il se résume à un cépage : le malbec.

Paul et Maggie Bush vivent à Camino, une petite ville d’à peine 5000 âmes, située au pied de la Sierra Nevada californienne. Depuis 1973, les parents de Paul, Dick et Leslie, cultivent la vigne dans un domaine appelé Madroña.  A  l’époque, le jeune ingénieur et sa femme tombent amoureux de la région et décident de s’y installer pour faire du vin. Après avoir testé plusieurs cépages et mis au monde quatre enfants, Dick et Leslie Bush ont transformé Madroña en une véritable entreprise viticole. Trois couples, parents et enfants, sont aujourd’hui propriétaire de 31 hectares répartis sur trois grandes parcelles. 26 cépages y sont travaillés : le très classique zinfandel (il occupe 10% de la production dans l’état californien), le riesling, le cabernet, pinot noir, merlot, et évidemment le malbec. « En cette saison, nos vignes sont recouvertes de neige », dit Paul Bush. « Je reste en contact avec la famille et tiens un blog régulièrement pour les tenir au courant de notre expérience ».

« L’homme est un grand conducteur »

De la Sierra Nevada californienne aux vallées noueuses du Lot, Paul et Maggie sont venus chercher la réponse à une interrogation : « Je vous jure que le vin de malbec que nous faisons avec notre terroir n’a rien à voir avec les malbec de cahors et les malbec argentins », soutient Paul Bush. Planté en 1993, le cépage malbec était un choix lié à cette diversité de cépage propre à Madroña. « On voulait faire des combinaisons », dit Maggie. Aujourd’hui, la bouteille « Madroña – Reserve Malbec » contient 80% de Malbec, 15% Merlot, et 5% de Cabernet-Sauvignon. « Cela fait un vin intensément fruité, coloré, puissant. Mais comparé aux Cahors, nos tannins sont plus doux », s’étonne Paul.

Pourquoi alors venir dans l’appellation ? Faire la même chose qu’à Cahors est-il primordial ? « Non, d’autant que les méthodes divergent. Par exemple, en Californie, nous pouvons non seulement faire les assemblages qui nous plaisent, mais en plus nous pouvons irriguer. Ce qui est interdit, je crois par ici », répond le vigneron californien. A l’heure de la parkérisation des esprits, ce voyage initiatique  a semble-t-il apporté plus de questions que de réponses au couple. En clair, les sols limono-argileux du nord-est de la Californie n’ont rien à envier aux neuf terroirs de l’aire cadurcienne.  Les échanges avec plusieurs vignerons de l’AOC (Château Croisille, Château Eugénie) et une rencontre avec les microbiologistes  Claude et Lydia Bourguignon ont, visiblement, fini par les convaincre. En ce sens,  le visionnage d’une vidéo tournée avec le célèbre œnologue Jacques Puisais, leur apporte la réflexion suivante : « le terroir fait grandir l’homme qui cultive la vigne car l’homme va se mettre à la disposition de cette valeur du sol et de cette intimité des sols, tout comme il va se mettre à la disposition de cette intimité du climat », estime Jacques Puisais. « Il regarde le vent et les cycles climatiques d’une autre façon de façon à ce que le vin retrouve tous ces caractères transmis par l’air et la terre. C’est en faisant cela que l’homme grandit. L’homme est un grand conducteur ».

 

Les vignes de la famille Bush, à Camino, non loin de la Sierra Nevada californienne.

A travers cette immersion de deux mois, ces rencontres ponctuées de repas quercynois, d’échanges linguistiques aussi, Paul et Maggie Bush sont repartis le sac plein d’impressions et de notions complexes qui devraient les aider à mieux comprendre ce qu’ils ont laissé derrière eux, à plusieurs milliers de kilomètres. « Nous reviendrons pour les prochaines journées Internationales du Malbec à Cahors et faire goûter nos vins », conclut Paul, avant de nous inviter à venir chez lui voir sur place, SON terroir.


Madroña Vineyards – California

http://www.madronavineyards.com/

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