Les vins du Brulhois entrent dans l’ère AOC

Dominique et Thierry Jollet-Péraldi du Domaine de Thermes (Crédit : Johan Gesrel)

Cette année, les vendanges ont un goût particulier pour les producteurs du Brulhois. Pour ce millésime 2011, les viticulteurs vont pouvoir ajouter sur leurs futures étiquettes le sceau de l’Appellation d’Origine Contrôlée (AOC).  Une reconnaissance qui vient ici récompenser le travail de plusieurs pionniers.

Située essentiellement au sud-ouest du Tarn-et-Garonne, la zone s’étend sur deux autres départements,  à cheval sur le Gers et le Lot-et-Garonne. Les « Côtes du Brulhois » comme on continue à l’appeler ici conjugue plusieurs terroirs d’influence toulousaine et bordelaise, le long de la Garonne.  Les Graves et le Boulbène (tant prisé des céramistes) alimentent le tannat et le merlot, les deux cépages rois. « Le tannat, c’est l’identité du Brulhois », reconnaît Joël Carcenac le président du syndicat de défense, basé à Donzac (voir interview plus bas). Le cabernet franc, cabernet sauvignon, le malbec, le fer servadou et l’abouriou figurent également sur la liste des cépages autorisés.

Comme la plupart des vignobles du Sud-Ouest, les racines du Brulhois remontent à l’époque gallo-romaine.  Au début du XIVème siècle, sous l’occupation anglaise, ce terroir exportait par le fleuve 48000 hectolitres de vin, mais aussi de célèbres faïences . En 1984, Brulhois passe du statut de Vin de pays à celui de Vin de qualité supérieure. Début 2011, l’INAO donne son feu vert pour l’AOC. Aujourd’hui, la majorité des viticulteurs sont coopérateurs et passent par Donzac pour vinifier et mettre en bouteille leur cuvée. Comptez 50 adhérents pour 200 hectares. Mais rares sont ceux à avoir dédié 100% de leur activité au vin dans cette région généralement consacrée aux céréales et aux pruneaux.

Le Domaine de Thermes : 100% manuel

"La Cuvée Dothi" du Domaine de Thermes, un hommage à René Dauty un des pères fondateurs à l'origine de l'AOC Brulhois (Crédit : Johan Gesrel)

Rares sont les viticulteurs qui ont choisi de mener l’aventure en solo, sans passer par la cave de Donzac. C’est pourtant le cas de Dominique et Thierry Jollet-Péraldi du Domaine de Thermes sur les hauteurs d’Auvillar, situé  « à un coup de fusil du Gers ». Les surfaces appartiennent à la famille de Thierry depuis 1910, « racheté à des nobles. On y recensait près de 50 hectares de vignes. Puis c’est le phylloxera… Dans les années 80, mon oncle décide de replanter huit hectares de plants hybrides américains. Moi le vin, j’ai toujours aimé ça ! » En 2000, Thierry reprend le domaine, très vite rejoint par sa compagne Dominique. Ensemble, ils décident de tout faire manuellement : épamprage, effeuillage, vendanges.

Un boulot souvent harassant qui aboutit chaque année à la production d’environs 20 000 bouteilles vendues presqu’exclusivement au domaine. « Nous travaillons aussi avec une auberge à Bardigues près d’ici et avec quelques cavistes », précise Dominique qui aimerait trouver le temps pour prospecter un peu plus le marché. Les prix  à la propriété n’excèdent pas 7€ pour « la cuvée Dothi » et 6€ pour le « Chemin de pierre ».

Domaine de Thermes, Auvillar. Tél. 05 63 39 62 09.

Philippe Cabrel, vigneron et frère de Francis

Philippe Cabrel rencontré au moment des vendanges (Crédit : Johan Gesrel)

A moins d’une demi-heure de Donzac, en direction d’Agen, la zone d’appellation Brulhois recouvre désormais le domaine du Boiron, propriété du chanteur Francis Cabrel, gérée depuis le début par son frère Philippe. Une aire de dix hectares séparée en deux par la route qui mène à Astaffort. Ici aussi, on soigne les vignes avec d’autant plus d’attention qu’ils sont parmi les rares à s’être convertis au bio. « Des vendanges vertes et des rendements de 30 à 50 hectolitres/hectare », décrit Philippe. L’histoire débute en 1996 lorsque Francis et son frère décident de planter pour produire un vin maison. « On n’avait aucune arrière pensée commerciale, ce qu’on voulait c’était juste sortir 300 bouteilles pour nous chaque année ». Chemin faisant, les frères Cabrel agrandissent le domaine, rénovent le chais et passent de un à dix hectares en l’espace de six ans. Un sol à dominante argileuse dans lequel s’épanouissent quatre cépages : merlot (43%), tannat (27%), cabernet sauvignon (20%) et malbec (10%).

Deux cuvées sont produites : « Le Petit Boiron » (autour de 6€) et « Le Domaine du Boiron » (entre 8 et 9€). Et l’appellation Cabrel dans tout ça ? « Je ne fais pas ressortir le nom de famille », confie Philippe qui a accompagné durant plus de dix ans son frère à l’époque des longues tournées du chanteur. C’était durant les années 80. « Lorsqu’on produisait en Vin de Pays d’Agennais, on nous a plusieurs fois ajourné ». A cause du nom Cabrel ? « Je n’en sais rien. Sans doute. Ce que je veux moi avant tout, c’est que les gens repartent avec nos bouteilles en se disant que c’est un bon vin. »

Après la certification bio, Philippe Cabrel n’exclut pas la biodynamie :   « Oui, c’est sûr j’aimerais bien aller au bout de cette démarche. Et puis, c’est une autre approche intéressante. Complexe mais intéressante. Chaque chose en son temps. »

www.leboiron.fr

(Crédit : Johan Gesrel)

Les premières « AOC Brulhois » pour 2012

Interview – Joël Carcenac, président du Syndicat de défense des vins des Côtes du Brulhois et président de la Fédération des Vins du Tarn-et-Garonne. 

Comment se sont déroulées les vendanges 2011 ?

Une chose qui va satisfaire les consommateurs : cette année, nous avons pris tout notre temps pour laisser mûrir nos raisins qui en avaient bien besoin. Un millésime qualitatif, je dirais. Vous savez, on ne prend pas souvent l’engagement de dire que c’est un millésime exceptionnel mais en revanche on m’a toujours dit qu’on faisait du bon vin avec du bon raisin. Et du bon raisin, il y’en a cette année.

Pas mal de démarrer votre première année en AOC1 avec du bon raisin, non ?

Oui, c’est véritablement un événement pour les viticulteurs d’abord qui en sont fiers. Ensuite parce qu’on va proposer au consommateur non pas une nouvelle qualité qui est déjà là mais une nouvelle affiche visible dès les premiers rosés qui sortiront en 2012. Par ailleurs, je peux vous annoncer que les rouges de 2010 pourront aussi bénéficier de l’AOC, ou plutôt l’ABC c’est-à-dire l’Appellation Brulhois Contrôlé.  Dès janvier, on nous verra lors des présélections pour le Concours Général Agricole de Paris.

Quelle image a le Brulhois selon vous, que ce soit localement ou à l’étranger ?

Ça ne fait jamais que 50 ans que le Brulhois existe et a été réhabilité grâce à un homme à qui je tiens à rendre hommage, c’est René Dauty, un technicien de la chambre d’Agriculture qui a également dirigé la cave de Donzac. Il est le père fondateur de la restructuration du vignoble. Quant à l’image aujourd’hui, je dirais que c’est le vin qui a réhabilité le Brulhois dans son Histoire. Autrefois, c’était une vicomté et ce sont les habitants qui ont redécouvert cette appartenance au territoire grâce au vin et aux vignes qui les entourent.  En revanche si on sort du département, je dirais que la reconnaissance à l’export qui représente 35% de nos volumes,  notamment au Québec2, nous a servi et donné une visibilité sur le marché français et donc les consommateurs français.

Et la Chine, ça vous tente ?

Oui, un ou deux containers sont partis là-bas, quelques milliers de bouteilles. C’est très ponctuel. De là à dire qu’on est installé, c’est encore prématuré. C’est un marché qui exige du volume et des prix.

Vues les différents cépages retenus dans le cahier des charges de l’AOC , comment définissez-vous le goût du Brulhois ?

Si on parle de typicité, on peut dire que ce sont des vins qui ont du fruit et de la fraîcheur avec un marquage du tannat. Ces sont donc aussi des vins qui ont des tanins bien présents en bouche. Laissez une bouteille en cave et ces tanins fonderont dans les deux ou trois ans.

  1. A l’heure où nous publions cet article, le décret d’application validant l’Appellation d’Origine Contrôlée n’est toujours pas paru au Journal Officiel.
  2. 350 000 bouteilles de Brulhois sont acheminées chaque année au Canada.
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